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16 octobre 2016 7 16 /10 /octobre /2016 14:40
Quelque chose doit mourir qui n’est pas encore mort

 

 

Ce soir, la vie est comme un vase qui se brise. Avancer, c’est mettre les pieds dans des éclats coupants, c’est crever des poches de venins que l’on voudrait retenir. Mais la boue est là, elle coule toute seule, elle noie le cœur, crève les yeux, fait remonter les limons amers que j’avais oubliés. J’ai la bouche en feu, brûlée par la bile, les yeux rongés par le sel des larmes. L’amour semble se dissoudre à jamais. Plus rien ne brille, ni hier ni demain et le présent n’est qu’un orage où la foudre tonne et coupe le ciel. Il pleut à n’en plus finir ce soir, et le ciel entre en moi comme un couteau froid aiguisé par le chagrin.

 

La pluie tombe, lâche ses gouttes qui tissent un mur haut et sonore. De l’autre côté de ce rempart d’eau, loin, inaccessible, un homme pleure sans larmes. Entre lui et moi, juste cette eau qui résonne avec la force d’un torrent qui dévale. Plus de pont. Plus de passerelle. Juste cet espace liquide où chacun se noie. Juste ce silence mouillé qui colle à la peau et me fait trembler. Les épines du passé se plantent dans mon dos, font de moi cette suppliciée, cette femme coupante et coupée qui ne sait plus parler. Tout en moi se révolte et se gèle en même temps. Je veux le feu et la glace. Je veux incendier et anesthésier les heures qui passent et se serrent contre moi comme des corbeaux noirs criant la mort.

 

Derrière la pluie lisse comme un écran où mon regard se colle, caché par l’épaisseur des murs, pourtant silencieux et lointain, je ne vois que lui. Je devine son aura, ses palpitations, ses mains nouées, sa respiration courte, je devine sa lassitude, mais je ne sais même plus la figure qu’il a. Je ne sais plus où prennent forme et son corps et son cœur, où l’un et l’autre me touchent et me parlent. Tout se mélange, l’amour et la haine, les blessures coulent comme cette marée du ciel qui trempe les trottoirs et remplit les caniveaux sombres de la rue. En bas de la fenêtre, là où mon regard n’a pas de prise, la rue hors d’atteinte pleure un chagrin dont je ne connais pas le nom et la ville fébrile et pressée se noie dans les eaux opales du ciel.

 

L’amour espère encore, alors que depuis longtemps les dés sont jetés. Scellés par un pacte mystérieux, les destins accouchent de leur vérité, ils répandent leur lave brûlante qui martyrise la terre et brûle les cœurs. L’espoir est tenace. Il veut voir vivre tout ce qui n’est plus, tout ce qui était attendu et n’est jamais venu. Il veut remonter jusqu’à la source, voir à nouveau jaillir les commencements radieux, palpiter les aubes tendres, sentir le souffle de la vie qui s’annonce. L’inachevé voudrait naître, se mettre en pleine lumière, prendre forme dans des matins clairs. Un dernier rêve fermente, gonfle dans une bulle opaque qui se cogne sous la peau qui crie son désespoir. Mais plus rien n’est à naître, quelque chose s’est englouti hier sans bruit et vient hurler aujourd’hui à nos portes. Comment vivre la mort. Comment absorber la défaite. Comment plonger dans ce néant qui remplit désormais nos vies.

 

Si je savais, je prierais la pluie pour qu’elle m’apprenne à couler avec le présent, pour qu’elle me montre comment laisser les larmes se noyer dans l’amour désenchanté. Je prierais la pluie pour qu’elle me dise pourquoi elle engloutie toujours les chants d’amour dans le silence, je lui demanderai comment danser avec elle pour être fluide et légère et n’être que cette onde qui s’avance et s’abandonne sous le poids du ciel.

 

La pluie est muette. J’ai ouvert la fenêtre, les gouttes craquent doucement, elles tombent comme une douche grise, indifférente au jour qui décline.  

 

Quelque chose doit mourir qui n’est pas encore mort. Quelque chose doit finir qui s’éternise dans des soubresauts douloureux. Le passé agonise sous mon regard impuissant. Une agonie, c’est toujours trop long, c’est toujours trop court. C’est ce temps incertain où la volonté oscille comme un balancier, où rien ne s’affirme, où les forces jouent avec hier et demain pour les annuler, c’est ce temps où rien ne semble bouger hormis le chagrin qui monte et descend avec la mobilité d’un mercure sous pression.

 

MT 2007©

 

 

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Published by Michèle Théron lejour-et-lanuit.over-blog.com - dans NUIT
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Michèle Théron, praticienne de santé naturopathe, femme en chemin, je vous partage sur ce blog des articles, de la poésie, des photos créés par moi, et les citations, articles, vidéos qui nourrissent mon chemin et m'inspirent.

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