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14 juillet 2017 5 14 /07 /juillet /2017 18:10
Illustration Christian Schloe

Illustration Christian Schloe

 

 

La chasse aux sorcières n'est pas qu'une anecdote historique.

 

Elle marque un tournant dans la structure de la société, qui est passée d'une activité païenne, ancrée dans les forces de vie et où le tissu social s'organisait autour d'une certaine transmission, à une nouvelle société dominée par le patriarcat et la diabolisation des connaissances, de la sexualité, des dons, des soins et de la connexion directe au divin.

Tout ce qui permettait d'avoir accès au savoir, à la liberté, à la spiritualité authentique, a été mis sous contrôle par l'Eglise et les hommes, pour ne laisser aux femmes qu'une image salie, directement issue des projections et des peurs portées par les hommes de l’époque.

 

Lors de cet holocauste qui dura plus de 300 ans, évalué à peut-être 9 millions de morts, 95 % étaient des femmes qui ont été exécutées par des méthodes de la plus haute violence. Noyades, enfermements, suspension dans des cages, bûchers, pieux plantés dans le cœur, pendaisons et tortures les plus infâmes pour les faire avouer des crimes suggérés par un manuel (1) commandé de toute pièce par un pape, dont le nom, Innocent, ne met qu’en lumière le décalage entre les velléités d’une institution et ses actions de défoulement et de projections les plus noires.

 

A partir de là, c’est toute la société qui a changé, le rôle de la femme, la spiritualité, le lien à la terre, la liberté, la connaissance, ont été transférés sous contrôle masculin et attribués à des instances de pouvoir qui ont fait en sorte de pervertir toute la mémoire de ce passé, en changeant la signification des rituels, en enterrant la vivacité du savoir, en retirant aux femmes leur pouvoir matériel autant que spirituel (leurs pratiques, que l’on peut qualifier de chamaniques, sont aujourd’hui beaucoup détenues par des hommes), en diabolisant (c’est-à-dire en divisant) (2), en mettant la compétition au cœur des échanges, en contrôlant les corps et la sexualité, en imposant la science au détriment de l’intuition (et en s’appuyant comme le précise ce documentaire « sur les méthodes de l’inquisition, pour extraire de la terre l’équivalent de ce que l’on obtenait des femmes sous la torture », c’est-à-dire la force et la contrainte), et finalement en transformant la lumière en ombre.

 

« En Europe, l’ordre du monde avait été renversé ».

 

Nous sommes toujours prisonniers de ce retournement majeur qui s’effectua au temps de l’inquisition et la perversion (3) gouverne le monde, en divisant, contrôlant, muselant le vivant et nous commençons difficilement et lentement à sortir de cette nuit imposée dans une violence inouïe.

 

Si les hommes doivent sortir de la compétition et pacifier les mémoires de violence et de crimes dont ils sont porteurs, les femmes doivent sortir de la soumission dans laquelle ces événements les ont asservies et de la culpabilité qu’on leur a fait porter tant au niveau de leur pouvoir que de leur sexualité. En leur faisant porter la responsabilité de tout ce qui « ne va pas », elles ont appris au fil des siècles à compenser les erreurs, les manques, les immaturités, les humiliations, pour faire marcher le monde des hommes, mais au détriment de leur monde à elles, et sans avoir bien sûr retiré aucun avantage, sinon celui de continuer à être diabolisées.

 

« Le diable était descendu sur terre et les femmes conduisaient ces démons ».

 

Chaque femme porte en elle la mémoire de ces exécutions infligées à ses ancêtres et chaque femme sait intimement le coût du silence imposé et connaît dans sa chair le prix d’avoir renoncé, sous la torture ou par la mort, à son essence et à son pouvoir.

 

De cette amnésie, elle se réveille petit à petit et retrouve le chemin de la sororité et panse ses blessures.

 

Le chemin des retrouvailles n’est pas terminé, l’empreinte des mémoires et le carcan sociétal peuvent être puissants et il se peut même, que dans cette vie-ci, certaines fassent l’expérience de rencontres, de relations qui viennent réactiver un passé à guérir. Dénonciation, torture, enfermement, reniement d’une activité de guérisseuse, mort violente dans une autre vie, tout cela peut trouver écho dans la maltraitance relationnelle, la maladie, l’interruption forcée d’une activité, l’abandon d’une voie spirituelle, l’isolement, les pertes financières, la perte de ses capacités dont le bénéfice revient à autrui avec un sentiment de dépossession.

Parfois un tableau se dessine qui montre tout ce à quoi les femmes durent renoncer par le passé, tout ce qui fut spolié, détourné, volé, usurpé.

Les cœurs transpercés de lances gardent la mémoire de la blessure ultime qui leur a été faite : celle d’être atteinte au plus profond d’elles-mêmes, dans leur capacité à aimer, à donner et à vibrer.

 

Il est temps que les malédictions prennent fin, que chaque femme puisse reconnecter à son essence sans avoir peur. Dans certains pays, cela est encore très difficile et la mort, la lapidation, la défiguration à l’acide, sont au bout de l’expérience pour simplement avoir été une femme.

Dans nos pays occidentaux, le chemin devient plus aisé, même s’il ne faut pas nier la dure réalité des violences encore faites aux femmes qui payent sans cesse le prix de leur liberté, car en voulant être libres elles réveillent les peurs et les frustrations des hommes. Le temps des bouc-émissaires est toujours présent et il est si facile de jeter au bûcher, même symbolique, une partie de l’humanité pour ne pas voir ses peurs et ses ombres.

 

Comme aucun monument n’a été élevé à la mémoire des sorcières décimées pendant si longtemps, peut-être qu’en tant que femmes, nous pouvons, à l’intérieur de nous-mêmes, faire un autel symbolique de guérison et honorer toutes ces femmes qui d’une façon ou d’une autre vivent à travers nous et que nous portons en nous.

Si « l’histoire est toujours écrite par les vainqueurs », faisons en sorte petit à petit de réécrire l’histoire, de remettre les choses dans le bon ordre, de réécrire l’histoire de la femme, de redéfinir ses contours, de lui ôter ses oripeaux civilisés trop étroits pour elle, afin de retrouver sa liberté, sa connexion et sa sauvagerie.

 

Et comment ne pas remercier ici toutes les femmes qui ont déjà ouvert la voie sur ce chemin de retrouvailles et de guérison, et qui ont traversé leurs peurs, leurs inhibitions pour incarner ce qui autrefois pouvait les conduire au bûcher.

 

 

MT

 

 

(1) Malleus Maleficarum, le maillet des sorcières, manuel de l’art de brûler les sorcières écrit par deux Dominicains et commandé par le pape Innocent VIII

(2) Le Diable (en latin : diabolus, du grec διάβολος / diábolos, issu du verbe διαβάλλω / diabállô, signifiant « celui qui divise » ou « qui désunit » ou encore « qui détruit »). Wikipédia

(3) perversion : mis à l’envers, détourné

 

Long métrage documentaire rendant hommage… aux sorcières. Celles d'hier, contre qui l'Église et l'État se sont acharnés, d'un commun accord; celles d'aujourd'hui, qui professent un retour à la connaissance de la déesse primitive, harmonie pacifique de toutes les formes de vie.

 

 

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Published by Michèle Théron lejour-et-lanuit.over-blog.com - dans Transformation
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commentaires

sista ninie 15/07/2017 19:23

Wow quelle résonance... Merci pour ces lignes chère Michèle... On dirait que ça travaille beaucoup en nous, femmes, ces temps-ci... Il y a quelques années, après avoir lu "Aleph" de Paulo Coelho, j'ai réalisé à quel point l'inquisition, et tout l'égrégore qui génère ce type de dysharmonie aveuglée et destructrice, a profondément écorché l'Etre... Beaucoup de rêves, de mots qui me venaient à l'esprit, j'ai eu du mal à m'en remettre, à vrai dire je ne m'en suis pas remise... C'est ensemble que nous pourrons "nous en remettre" et il en faudra des pas, il nous en faut du coeur-courage (même racine)... "Les cœurs transpercés de lances gardent la mémoire de la blessure ultime qui leur a été faite : celle d’être atteinte au plus profond d’elles-mêmes, dans leur capacité à aimer, à donner et à vibrer." Mais tellement...
Je pense à toute les formes de colonisation et combien elles ont meurtri les corps, les esprits, nos cellules... Tant d'horreurs sur tant de siècles aux 4 coins du monde...

"Nos prophéties et enseignements nous disent que la vie sur notre Mère la Terre est en danger et atteint une époque de grande transformation. En tant que Peuples Autochtones du Sud et du Nord, nous acceptons la responsabilité indiquée par nos prophéties de dire au monde que nous devons vivre en paix les uns avec les autres et notre Mère la Terre pour assurer l’harmonie dans la Création.
Les Peuples Autochtones sont des gens de la terre et des eaux ; et nous sommes confrontés à de nombreux défis : des défis tels que des changements extrêmes du climat, des phénomènes météorologiques extrêmes, un développement extrême de l’énergie et la pression constante de la mondialisation économique et la perpétuation des formes occidentales de développement.
Le développement d’énergies fossiles dans les territoires, le sol, l’eau, et les mers des Peuples Autochtones s’accroît. Les affaires continuent. Les industries du pétrole et minières, avec l’aide des gouvernements, étendent la prospection pour trouver plus de carburants fossiles, développer l’addiction à l’énergie et les hauts niveaux de consommation.
La survie de cultures, langues et communautés Autochtones continue d’être affectée par un monde moderne industrialisé qui n’a ni conscience de, ni respect pour le caractère sacré de notre Mère la Terre.
Notre Mère la Terre est la source de la vie. L’eau est son sang vital. Le bien-être de l’environnement détermine la longévité physique, mentale, émotionnelle et spirituelle de nos communautés.
La santé de Notre Mère la Terre, de sa nature et celle des Peuples Autochtones sont intimement liées. En tant que Peuples Autochtones, nous sommes de la Terre et la Terre est de nous. Notre Mère la Terre est la vie. Cette relation indissociable doit être respectée par des moyens fondés sur des droits pour nos générations futures et pour le bien de la Terre elle-même, pour tous les gens et toute la vie.
Nos Peuples Autochtones croient que le système de gouvernance doit refléter notre croyance dans l’équilibre et l’harmonie. Nous croyons dans l’équité vis-à-vis de toute la Création, pas seulement nous-mêmes. Les animaux, les plantes, les pierres et tous les éléments ont autant de droit à l’existence que les gens.
Ça ne signifie pas que nous ne puissions faire aucun mal à une autre créature vivante, étant donné que nous devons nous nourrir de plantes et d’animaux, mais nous devons respecter le sacrifice fait par les animaux et les plantes. Ces sacrifices faisaient partie des Instructions des Origines de se respecter les uns les autres, de prendre soin les uns des autres, parce que nous sommes tous liés, comme frères et sœurs.
Nous croyons qu’en observant les Lois Naturelles de notre Mère la Terre, nous serions capables d’apprendre le mode de vie juste – la bonne manière de vivre, et de trouver l’équilibre et l’harmonie avec la Nature.
Les Peuples Autochtones sont des gens très légalistes. Des Peuples Autochtones Haudenosaunee du Nord de l’Amérique à nos Peuples Ponca, nous reconnaissons nos responsabilités et nos devoirs vis-à-vis des lois naturelles de la Création, telles qu’elles ont été définies dans nos Instructions des Origines.
Nos Instructions des Origines déclarent et nous enseignent les quatre éléments sacrés de la vie : l’air, la lumière/le feu, l’eau et la terre, avec son pollen et ses graines sous toutes leurs formes qui doivent être respectés, honorés et protégés, car ils entretiennent la vie. Notre Loi Naturelle nous apprend à respecter toute la Création, de notre Mère la Terre et notre Père le Ciel à toute la Vie, qui ont leurs propres lois et ont le droit et la liberté d’exister. Elle nous apprend que nous devons traiter ce lien sacré avec amour, compassion et respect, sans exercer de domination, car nous ne sommes pas propriétaires de notre Mère.
Les droits et libertés des gens à utiliser les éléments sacrés de la vie mentionnés ci-dessus et d’utiliser la terre, la nature, les sites sacrés et les autres êtres vivants doivent s’accomplir suivant les protocoles de respect adéquats, les rites de remerciement et les offrandes. Ces pratiques culturelles et spirituelles doivent être protégées et préservées, parce qu’elles sont le fondement de nos cérémonies, de notre héritage et de nos modes de vie Autochtones. C’est le devoir, la responsabilité et l’obligation de nos Peuples Autochtones de protéger et préserver la beauté du monde naturel pour les générations futures.
Historiquement, la Doctrine de la Découverte a été utilisée pour justifier la première vague de colonialisme, ici dans les Amériques, en alléguant que les Peuples Autochtones n’avaient pas d’âmes, et que nos territoires étaient « terra nullius », terre de personne. Notre Mère la Terre est la source de la vie qui doit être protégée, pas une ressource à exploiter et transformer en marchandise comme ‘capital naturel’.
Nous ressentons la douleur de la désharmonie quand nous sommes témoins du déshonneur de l’ordre naturel de la Création et de la colonisation économique et de la dégradation continuelles de notre Mère la Terre et de toute vie.
Pour rétablir notre Mère la Terre dans l’équilibre de sa nature, le monde doit passer d’une philosophie de contrôle et de domination sur la nature et d’un système légal de droits de propriété à une relation de compréhension et de respect des Lois Naturelles et d’amour pour la beauté de l’énergie féminine créatrice de notre Mère la Terre.
Cette relation indissociable entre les humains et la Terre, inhérente aux Peuples Autochtones, doit être apprise, être adoptée et respectée par tous les peuples, pour le bien de toutes les générations futures et toute l’humanité.
Les droits de notre Mère la Terre sont intrinsèques. Toute loi qui nie ces droits fondamentaux est illégitime et constitue une violation des Lois Naturelles de la Création.
Nous pouvons préserver, protéger et remplir nos devoirs sacrés de vivre dans le respect de cette merveilleuse Création. Nous avons le pouvoir et la responsabilité du changement.
Un paradigme, fondé sur la pensée et la philosophie Autochtones, qui accorde des droits égaux à la nature et rend honneur à l’interrelation de toute vie, doit être mis en avant.
C’est le plus grand défi auquel est confrontée l’humanité, que ce soit ici, au milieu de la Terre en Equateur, ou mondialement : reconnaître ses responsabilités, ses devoirs et ses obligations envers les droits de notre Mère la Terre.
Mitakuye Oyasin (Nous sommes tous reliés) "
Discours de Casey Camp-Horinek (Ponca d’Oklahoma, USA) au Tribunal sur l’Ethique des Droits de la Nature, le 17 février 2014 à Quito, Equateur

"Nous n'appartenons à personne sinon au point d'or de cette lampe inconnue de nous, inaccessible à nous, qui tient éveillés le courage et le silence..." René Char

https://www.youtube.com/watch?v=bGnBDboHdqQ + https://www.youtube.com/watch?v=fgNqVHxSzbc : Les Deux Esprits chez le peuple Navajo * (les extraits sont courts, percutants, magnifiques)

A toute la Vie qui coule en Nous ! Aroha ~ * ~

lejour-et-lanuit.over-blog.com 19/07/2017 08:55


Merci pour ce discours de Casey et merci pour ces deux vidéos sur les "deux-esprits", et cette tolérance-intelligence qui permettait de les intégrer sans jugement

"Nos Instructions des Origines déclarent et nous enseignent les quatre éléments sacrés de la vie : l’air, la lumière/le feu, l’eau et la terre, avec son pollen et ses graines sous toutes leurs formes qui doivent être respectés, honorés et protégés, car ils entretiennent la vie. " oui, et comment ne pas faire le parallèle avec nos propres structures cellulaires? Si nous n'avons pas assez d'amour pour la terre, c'est que nous n'avons pas encore compris comment entretenir nos corps dans une vibration sacrée.
Et bien sûr aussi, parce que nous avons perdu le sens du principe féminin créateur et que nous ne savons plus l'honorer ...
Tout doucement, des pionniers, des pionnières, remettent en mouvement cette énergie.
O mitakuye oyasin Sista

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  • Passionnée par l'âme humaine, je cherche sans cesse du sens et le sens de notre chemin d'humain. 
Mon propre chemin n'est qu'un zig-zag en dehors des autoroutes et je n'ai pas encore épuisé tous les chemins de traverse...
  • Passionnée par l'âme humaine, je cherche sans cesse du sens et le sens de notre chemin d'humain. Mon propre chemin n'est qu'un zig-zag en dehors des autoroutes et je n'ai pas encore épuisé tous les chemins de traverse...

Auteur - Photographe

Michèle Théron, praticienne de santé naturopathe, femme en chemin, je vous partage sur ce blog des articles, de la poésie, des photos créés par moi, et les citations, articles, vidéos qui nourrissent mon chemin et m'inspirent.

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