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11 avril 2020 6 11 /04 /avril /2020 23:50
Lorsqu'un cerisier fleurit

Et puis vint le printemps, avec l’éclosion des cerisiers fleurissant par dizaine et bordant la route qui menait jusqu’à ta chambre.

 

Chaque jour, il y avait cette vie à profusion, ce rose qui tachetait le ciel et laissait des confettis sur l’asphalte des trottoirs.

 

Chaque jour, il y avait ce spectacle de la beauté, de la vie révélée, de l’abondance manifestée.

 

Chaque jour, l’image s’imprimait en moi, tel un tatouage coloré et douloureux. Elle se démultipliait dans ma mémoire, amplifiée par l’urgence, par le temps accéléré, par le cœur exacerbé, par la souffrance en sourdine qui taisait son nom et se déguisait en espoir.

 

Chaque jour, voyageant hors du temps par cette voie fleurie, j’arrivais jusqu’à toi qui ne pouvais voir ce soleil éclatant du printemps, cette lumière presque indécente alors que derrière des murs, tu étais plongée dans le noir.  

 

Je te parlais des arbres en fleurs, là dans les rues, de ton jardin où les fleurs sortaient comme des promesses, comme des prières.

Peut-être pouvais-tu entendre mes mots. Peut-être que cette vie dehors avait le pouvoir de prolonger la tienne.

Tout a valeur de grimoires, d’incantations magiques, quand la vie fuit et que l’on cherche encore à la retenir.

 

Le monde s’était fendu en deux.

D’un côté les arbres flamboyants, avec leurs doux pétales venant caresser le cœur, la lumière neuve qui parlait de demain, le chemin chaque jour recommencé pour ne rien perdre du lien fragile qui désormais ressemblait au fil argenté d’une toile d’araignée. Le moindre tremblement pouvait le sectionner d’un coup sec.

De l’autre côté, l’ombre d’un sous-sol où le soleil ne pénétrait plus depuis longtemps, avec la vie en suspens qui contracte le cœur et le silence interrompu par le bruit des machines.

Expansion. Rétraction.

Et moi au milieu qui tenais à bout de bras ces deux mondes.

Ton cœur et le mien, simultanément, se fendillaient entre vie et mort, entre lumière et ténèbres, entre fins et commencements.

 

Il faut quelques semaines aux cerisiers pour perdre toutes leurs fleurs si délicates.

Il faut quelques semaines pour que la vie s’en aille et quitte un corps devenu si fragile.

Dehors, les fleurs jonchaient le sol recouvert d’un épais tapis qui tourbillonnait au moindre souffle.

Dedans, la fleur de ton cœur s’était échappée, plus aucun souffle n’animait ton corps, rendu au ciel comme les fleurs avaient été rendues à la terre.

 

Aujourd’hui, lorsqu’un cerisier fleurit, je sais que la vie et la mort ne sont pas loin, qu’elles voyagent ensemble et sont inséparables.

 

MT© 11.4.2020

 

Lorsqu'un cerisier fleurit

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commentaires

V
Waw.
La fleur du coeur, subtile voyageuse, alliance des cycles...
Quel ravissement de retrouver le chant de votre inspiration !
Saviez-vous que les Anciens Egyptiens nommaient les étoiles : "celles qui ignorent la destruction" ?
Grand merci aux fleurs de cerisier, aux étoiles.
Au parfum de l'éternité.
Répondre
L
Merci Virginie, pour votre lecture et votre résonance ...
oh... c'est tellement beau comme appellation pour les étoiles...
Oui, l'éternité, nous n'en avons que le parfum, alors que nous vivons la limite, du temps, du corps, des choses qui passent...
mais nous avons le cadeau des fleurs !
T
Bonjour Michèle ! Votre texte est éblouissant, magnifiquement inspiré et touchant ! me permettez vous de le partager de mon coté avec votre signature bien sûr et quelques photos que j'ai pris hier dans ma petite promenade de quartier en solo ... je vous espère en forme ! prenez soin de vous ... Bien cordialement Tahora Zoher
Répondre
L
Bonjour Zoher, quel plaisir de vous lire. Merci pour votre lecture et votre appréciation. Oui, bien sûr il est partageable ;)
Cela fait une éternité que je n'ai pas reçu de mail m'indiquant les publications de votre blog... vous avez ralenti ou bien c'est moi qui ai un problème de réception???
Je tiens le coup avec des hauts et bas, et suis toute confinée ;-)
J'espère que tout va bien pour vous aussi.
Belle journée et belles balades !
L
C'est tellement beau que des larmes me montent aux yeux. Mêler ainsi la vie de la nature à la vie d'un être humain, c'est tellement émouvant. Mettre d'aussi jolis mots sur un ressenti , une telle poésie..c'est magique. Merci pour cette lecture . Par hasard ,j'écoutais la missa votiva de Zelenka , tous mes sens étaient parfaitement accordés, un Beau moment.
Répondre
L
Merci ! Merci de votre lecture et du partage de votre ressenti. Et merci pour l'évocation de la missa votiva de Zelenka, je vais aller voir, écouter et découvrir !

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  • Passionnée par l'âme humaine, je cherche sans cesse du sens et le sens de notre chemin d'humain. 
Mon propre chemin n'est qu'un zig-zag en dehors des autoroutes et je n'ai pas encore épuisé tous les chemins de traverse...
  • Passionnée par l'âme humaine, je cherche sans cesse du sens et le sens de notre chemin d'humain. Mon propre chemin n'est qu'un zig-zag en dehors des autoroutes et je n'ai pas encore épuisé tous les chemins de traverse...

Auteur - Photographe

Michèle Théron, praticienne de santé naturopathe, femme en chemin, je vous partage sur ce blog des articles, de la poésie, des photos créés par moi, et les citations, articles, vidéos qui nourrissent mon chemin et m'inspirent.

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