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9 avril 2012 1 09 /04 /avril /2012 18:40





S’inspirant du texte de Jean, le philosophe, psychologue, et prêtre orthodoxe Jean-Yves Leloup, dans une conférence donnée à l'INREES, invite à une réflexion sur l’expérience d’apocalypse personnelle et collective. Il exprime aussi ce que traversent les personnes touchées par la maladie, cette expérience où les paroles des autres peuvent augmenter le désarroi et ne sont plus consolatrices.



Pour cela, il revient sur l'apocalypse de Job, son effondrement.

 

(...) ce qu’il est entrain de perdre c’est non seulement sa santé, ses amis, ses enfants, ses richesses, sa bonne réputation au milieu de tout le monde, mais il est entrain de perdre son bon Dieu. Il est entrain de perdre son image d’un Dieu bon, d’un Dieu juste. Parce que ce qui lui arrive c’est pas juste. Et là il est entrain de perdre la foi, c’est la chose peut-être la plus grave qui lui arrive, c’est  sur quoi il se sentait appuyé, même si tout s’effondre autour de lui, il y avait cet appui intérieur, et même ça, ça lui est enlevé. Là vous vous souvenez, il y a une espèce de révolte, et là il perd la raison, non seulement il perd la raison, il commence à blasphémer, donc il perd tout. Et c’est au fond de cet effondrement, c’est au fond du fond, quand il n’y a plus rien auquel on peut s’accrocher, plus de Dieu, plus de bon Dieu auquel on peut se raccrocher, c’est là qu’il va toucher le réel.

 

 

 

(...)


Donc il y a cette apocalypse de Job. Et cette apocalypse de Job peut-être nous fait rentrer dans ce que Jean est entrain de vivre. C’est même son enseigneur, l’image du ressuscité qui est entrain de s’effondrer , c’est sa foi dans l’amour, sa foi dans le meilleur, et à quoi bon aimer si c’est toujours les puissants qui l’emportent, si c’est toujours la puissance des plus forts, la puissance des violents, si c’est la violence qui a le dernier mot, si c’est la mort qui a le dernier mot.



Donc là, c’est vraiment l’effondrement, l’apocalypse qu’est entrain de vivre Jean, c’est au cœur de cela, dans cette grotte de Patmos qu’il va être envoyé en exil. La tradition dit qu’il trouve refuge dans une grotte, si vous êtes allés à Patmos vous vous souveniez peut-être de ce lieu, avec un peu trop de réalisme on vous montre le rocher qui lui servait d’oreiller, cet espèce de besoin qu’on a toujours d’avoir des choses que l’on peut toucher, alors que ce sont des lieux certainement symboliques, mais ce qu’a vécu Jean, ça c’est vraiment réel, cette expérience de l’abandon de toutes les références sur lesquelles il pouvait s’appuyer, ça c’est quelque chose de réel, et c’est quelque chose que l’on peut comprendre, en tous cas personnellement qui m’a été aussi donné de vivre à certains moments.



Et dans ces moments là, comme je vous le disais, les mots, les bons amis, vous savez, les bons amis : si tu as un cancer, comment tu t’es fait ce cancer, hein, vous savez bien tous ces arguments, les amis de Job, c’est ça.

Les explications par le karma, l’enchainement des causes et des effets, si tu es malade, si tu perds la foi, ces malheurs qui t’arrivent, "c’est parce que"… C’est parce que ceci, parce que cela.



Et Job et Jean disent non. C’est pas vrai, c’est pas juste. Ou vous savez cet ami de Job un peu terrifiant qui lui dit : c’est ainsi que Dieu traite ses amis. Qui aime bien châtie bien.


Et là Job dit : ce Dieu là je n’en veux pas. Ces explications là je n’en veux pas.

 

Vous sentez bien, les explications soit disant rationnelles, soit disant religieuses, quand on est dans le malheur, quand on est dans cette épreuve là, ça ne passe pas, ça ne passe pas !

 


Et Job, comme Jean par la suite, et bien dit non à ce type d’explication. Ça ne le console pas, ça ne fait que l’enfoncer davantage et quelque fois nos bons amis en voulant nous consoler, avec leurs explications, je dirais, ils nous enfoncent davantage. C’est pour ça, si on est auprès de quelqu’un qui souffre, c’est important cette discrétion de la parole, cette présence du cœur et du corps, ça c’est très important, mais au niveau des mots, il s’agit d’être discret, parce qu’on n’est pas à la place de l’autre. Comme le dit Job, comme le dit Jean : vous n’êtes pas à ma place, vous ne vivez pas ce que je vis en ce moment et c’est facile de parler du point de vue où vous en êtes.

 

   

Tout ça pour dire que Jean ne peut plus recevoir de consolation de l’extérieur. Et les consolations vont venir de l’intérieur. Mais dans un drôle de langage. Et ça c’est le langage de l’apocalypse de Jean, c’est le langage de l’inconscient.

 

 

Jean-Yves Leloup

 

 

Conférence sur le site de l'INREES :  http://www.inrees.com/videos/205/ en étant abonné.




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Auteur - Photographe

Michèle Théron, praticienne de santé naturopathe, femme en chemin, je vous partage sur ce blog des articles, de la poésie, des photos créés par moi, et les citations, articles, vidéos qui nourrissent mon chemin et m'inspirent.

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