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28 août 2013 3 28 /08 /août /2013 16:19



Il m'a fallu longtemps pour comprendre qu'avant de se risquer à parler, il fallait d'abord rendre les autres capables d'entendre.

 

 

Boris Cyrulnik, Sauve-toi la Vie t’appelle

 

 


Voici une phrase extraite du dernier livre de Boris Cyrulnik, un livre qui m'a profondément touchée.
 

Dès les premières pages, nous sommes plongés dans cette souffrance sans nom de l'enfance, quand celle-ci a été meurtrie, et ici, il s'agit de cette époque terrible de la guerre, de la gestapo et des camps. Mais ce qui domine rapidement, c'est surtout cette sensation lourde de voile, qui semble pourtant si fin, qui sépare la réalité intérieure de la réalité quotidienne mais se trouve être l'essence même de la souffrance. 

 

Comment survivre à 6 ans dans un tel chaos, avec la mort qui menace et la disparition des siens et des messages contradictoires pour apprendre à vivre ?

 


"Il ne s'agit pas d'une souffrance; on ne souffre pas dans le désert, on meurt, c'est tout".

 


Et on se tait. On garde secret, dans une crypte (1), l'origine de cette souffrance, à laquelle on n'a plus accès.

 


« Quand ma mère a disparu après m’avoir placé à l’Assistance pour que je ne sois pas arrêté avec elle, je crois en pas avoir souffert puisque ma vie mentale s’est éteinte. On ne souffre pas quand on est en coma. On ne souffre que si on vit. »

 


L'histoire de cette enfance est extrême mais elle n'est pas unique. Et dans sa singularité, elle résonne de milles histoires. Elle fait écho à chacune de nos histoires et de nos blessures d’enfance.

 

Pour les traumatismes importants et anciens qui ont altéré le lien à la vie, à l'amour, à la confiance, la trame reste identique. Ce qui est enfoui devient inaccessible mais continue à provoquer des interférences dans notre présent et ses ondes de chocs atteignent toujours notre vie et notre entourage. 

 


« La mémoire traumatique est une empreinte figée qui n’évolue pas

 


Et si un jour, nous sommes à nouveau prêts à parler, à exprimer cette souffrance, un écueil nous attend. 

 

L'autre est rarement prêt à entendre. 

 

La souffrance, profonde, celle que l’on rencontre lorsqu’on a remonté le fleuve de son histoire, est difficilement « entendable », à qui ne la connait pas ou à qui n'a pas contacté la sienne. Le déni est donc le dernier rempart qui permet de ne pas écouter celui ou celle qui souffre, afin de ne pas risquer d'être en résonnance avec cette souffrance.

 

Aussi, avant de se confier, avant de parler, comme le dit si justement cette phrase de Cyrulnik, il faut « d'abord rendre les autres capables d'entendre ».

 

Il s’agit de prendre conscience de la capacité – ou non- de l’autre, à pouvoir entendre et accueillir ce que l’on souhaite partager.

 

Cela signifie éventuellement accepter de se taire encore avec certaines personnes dont on reconnait les limites d’écoute (du moins provisoires, on peut le souhaiter), et de ne pas porter le poids du rejet que cette non écoute opère sur nous. Ne pas être accueilli dans sa souffrance génère souvent beaucoup de honte, de sentiment de rejet ou d’imperfection, avec le sentiment d’être des « vilains petits canards » (autre titre bien connu de Boris Cyrulnik).

 

Et à cet instant où l’autre ne peut nous entendre et nous recevoir, faisant éventuellement flamber de plus belle la souffrance, nous serons alors invités à nous accueillir nous-mêmes, avec cette infinie tendresse qui a manqué au moment où cela aurait dû être, sans se sentir coupable d’avoir l’émotionnel de cette souffrance qui remonte.

 

C’est justement parce que nous avons commencé à nous ouvrir, que cela est à nouveau accessible. Alors inutile de saborder ce travail d’ouverture par de la culpabilité « d’en être encore là ». C’est l’heure au contraire d’honorer le chemin accompli et d’avoir beaucoup d’amour pour l’enfant ou cette partie de nous qui a enduré si longtemps l’épreuve.

 

C’est dans cet accueil de soi-même, avec douceur, que nous trouvons la clarté pour savoir comment et vers qui nous ouvrir et que nous sommes capables d’éprouver et de sentir la vie à nouveau.

 


MT

 

 

(1) Abraham N., Törok M., L’écorce et le noyau, ce livre constitue la meilleure théorisation psychanalytique de la notion de « crypte ».




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Published by Michèle Théron lejour-et-lanuit.over-blog.com - dans Transformation
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Michèle Théron, praticienne de santé naturopathe, femme en chemin, je vous partage sur ce blog des articles, de la poésie, des photos créés par moi, et les citations, articles, vidéos qui nourrissent mon chemin et m'inspirent.

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