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16 septembre 2015 3 16 /09 /septembre /2015 19:39
Parcours de guérison

 

 

Après six années de maladie et de souffrance, je me retrouve guérie, pratiquement du jour au lendemain. Ce qui pourrait apparaitre comme une grâce ou un miracle, est avant tout le fruit d’un long processus et la mise en action d’un choix radical mettant fin à une relation et une situation où subir des choses inacceptables me maintenait dans les mémoires toxiques de mon passé d’enfant.

 

La rapidité de ma guérison ne cesse de m’interroger et de m’amener à faire retour sur mon enfance, sur qui je suis vraiment et sur mon parcours de guérison qui a commencé bien avant la maladie.

 

Un mois avant ma guérison, j’étais encore dans un état pitoyable, en fatigue chronique, essoufflée, pleine d’œdèmes, portant difficilement les vingt kilos que j’avais pris depuis la maladie, en tension physique et psychique, littéralement au bout de mes réserves. Ma vitalité continuait à diminuer, alors qu’elle était déjà bien entamée au bout de six ans où mon corps avait connu pratiquement l’impotence, les douleurs, les insomnies, les problèmes neurologiques, cardiaques, articulaires, digestifs, au point de me sentir comme une grand-mère, sachant que bien des grands-mères étaient en meilleure forme que moi et que j’en enviais plus d’une dans la rue !

 

 

Au cœur de l’impuissance

 

J’ai rencontré le désarroi, la honte, la solitude, l’impuissance, le désespoir, le sentiment de monstruosité et une quasi totale absence d’empathie, tant de mon entourage -rare- que de la part du corps médical. La souffrance et la maladie réveillent chez les autres des réflexes liés à leurs propres peurs, et ces peurs ont une stratégie assez simple : mettre tout cela à distance, pour ne pas imaginer que cela pourrait arriver à soi-même. Et comme peu d’entre nous ont été au cœur de leur souffrance originelle, il est alors difficile d’accueillir celle de quelqu’un d’autre, sous peine d’être en résonnance avec notre propre nœud de souffrance, gardé bien profondément dans une crypte inaccessible[1].

De plus, il faut bien l’avouer, nous sommes tous assez mal équipés pour l’empathie authentique [2], et lorsque nous avons quelques velléités à ce sujet, nos tentatives sont assez désastreuses, nous confondons empathie et prise de pouvoir.

Donc le meilleur moyen que trouve l’entourage d’une personne malade, est de lui donner l’injonction de redevenir « normale » le plus vite possible pour rétablir leur propre sécurité, et si vous n’obtempérez pas, vous êtes la preuve vivante d’un dysfonctionnement dont vous êtes seule responsable, pour plein de mauvaises raisons : vous ne voulez pas guérir, vous ne voulez pas sortir de l’enfermement de votre souffrance, vous ne bougez pas assez, vous avez des cuirasses qui empêchent toute relation, vous avez quelque chose à comprendre, vous vous écoutez trop, vous n’avez qu’à moins y penser et peut-être même penser un peu plus aux autres, bref, vous devriez être à un endroit ou à plein d’autres endroits sauf celui où vous êtes en réalité… Violence suprême !

 

J’ai aussi rencontré la mort, ou du moins cette sensation imminente qui fait entrer dans cet espace où l’on sait que tout peut basculer en quelque secondes, car le corps clignote de partout et envoie des messages qu’on ne peut décoder mais dont on sait mesurer l’urgence et l’intensité. Les nuits en bradycardie à huit de tension, où je sens le corps filer entre les mailles des minutes, ou à l’inverse, une nuit avec dix-huit de tension et cent quarante de pulsations cardiaques, le cerveau qui mouline dans le vide, en perdition en attendant S.O.S. Médecin qui met plus d’une heure à arriver... En six années, j’ai eu l’opportunité d’expérimenter divers états, difficilement partageables, et j’ai eu besoin de temps pour valider tous mes ressentis, tant ces messages du corps étaient parfois indéchiffrables, intenses, mais sans qu’il y ait un lien avec le mental ou une émotion pour parvenir à y mettre du sens ou y apporter une réponse adéquate. Par exemple, à plusieurs reprises, j’ai eu ce sentiment que j’étais en danger, que mon corps pouvait lâcher d’un instant à l’autre, et qu’il aurait fallu que je demande de l’aide ; quelque chose à l’intérieur me le disait, mais je ne pouvais rien valider réellement, je n’appelais pas le médecin et si j’en parlais à la personne la plus proche de moi, je n’avais pas du tout la sensation qu’elle mesurait ce que j’avais traversé et je n’étais jamais rejointe, comme si ce que je vivais était quelque chose d’anecdotique, un fait divers qui ne méritait même pas d'être accueilli par une parole compassitante, une main posée sur l'épaule ou d'être -situation la plus improbable qui soit- prise dans les bras. Dans les moment de douleurs extrêmes, alors que j'étais en sanglots débordée par cette souffrance, j'avais droit à un "tu n'as qu'à prendre du doliprane", et rien de mieux au niveau relationnel...

 

C’est dans ces moments-là que j’ai commencé à comprendre que dans mon enfance j’avais dû connaître ces états extrêmes, sans que personne ne s’en soucie, ou sans qu’un adulte, par sa propre inquiétude et par une action appropriée, donne une limite à la souffrance ou à l’angoisse de mort en les accueillant par sa présence.

Combien de nuits, chez ces nourrices, combien de nuits, dans cette pouponnière à Grenoble, où mon sort ne valait peut-être pas grand-chose, où probablement pleurer, hurler, souffrir, se laisser mourir, n’avait pas d’importance et laissait des adultes non concernés ou non réceptifs dans l’indifférence ?

 

René Spitz, psychanalyste des années 50, a très bien étudié la condition infantile et le syndrome d’hospitalisme chez les enfants séparés précocement de leur mère. Les enfants recevant des soins mais privés de lien affectif développent des troubles physiologiques et du comportement, allant jusqu’à une phase de retrait et du refus de contact.[3]

 

 

Soutenir mon corps

 

Heureusement mon parcours thérapeutique m’a fait rencontrer quelques personnes qui ont pu valider, par leur écoute, par leurs propres ressentis, et parfois les plus subtils, ce que je traversais réellement, et ainsi me permettre de valider mes perceptions. J’avais l’impression de mourir, d’être un sceau percé qui perdait toute sa substance et malgré mes descriptions, personne ne m’entendait ou ne me prenait au sérieux[4]. Dans les deux premières années, lors de soins énergétiques, je reçus deux informations qui se confirmaient mutuellement bien que venant de personnes différentes. « Si je continuais comme ça, je quittais mon corps ». Je me rappelle que loin de paniquer, cela avait aligné quelque chose en moi. Je pouvais enfin avoir une mesure, un étalonnage de ce que je ressentais. La confirmation et le réel sont assurément moins angoissants que la confusion.

Ensuite, une autre phrase, qui reprenait d’ailleurs exactement ce que je me disais intérieurement, à savoir que mon corps, énergétiquement « ressemblait à une femme de 90 ans » et qu’il vibrait « comme les personnes qui sont en fin de vie ».

 

A partir de ce moment, je n’ai bien sûr jamais abandonné l’idée de « comprendre », ou de « guérir », ou de trouver « le » remède qui m’améliorerait, mais, consciente que j’étais dans un processus dont j’ignorais l’ampleur et la durée, j’ai axé mes soins pour soutenir ce corps, rien que ce corps, afin que, en attendant la possible fin du tunnel, je puisse garder la tête hors de l’eau et ne pas sombrer. Shiatsu, drainage lymphatique, soins énergétiques étaient ma base, sans perdre mon parcours spirituel chamanique. Et entre ces deux pôles, matière – esprit, le quotidien, avec ses descentes aux enfers, l’épuisement, la perte totale de repères, l’absence de soutien, ce questionnement lancinant de « comment tenir », « comment s’en sortir », sans rien pouvoir extraire de la chape de plomb qui semblait moulée autour de moi.

 

 

L’expérience du doute

 

A quoi, à qui se raccrocher, je ne le savais pas. Je n’étais plus portée par rien, et en tous cas rien de ce qui avant me portait. Tout s'était effondré. J’aurais aimé pouvoir lire cette phrase dans ces moments là : « Tiens ton souffle en enfer et ne désespère pas ». [5]

Je ne savais plus rien faire avec mon corps, tout devenait difficile et je n’arrivais plus à tirer un seul bénéfice de mon parcours et de tout ce que j’avais appris. C’est comme si j’avais été dépossédée de toutes mes capacités. J’étais dans un autre espace-temps. Au point de douter de mon parcours et de me dire : « tout ça pour ça » !

Trente années de cheminement pour en arriver là… quel désastre… Le jugement qui m’assaillait était impitoyable. J’avais dû faire fausse route. Loupé quelque chose. La maladie devenait la preuve tangible de cette erreur d’aiguillage.

 

Mais si plutôt, au lieu d’être un échec, j’avais osé penser que cette maladie arrivait à point nommé, parce que j’avais suffisamment exploré mon histoire, suffisamment retrouvé le chemin des émotions, la connexion à moi-même et à mon âme, et que j’étais prête à aller encore plus loin, à aller vers plus de liberté et de conscience ? Je sortais d’une longue relation, prête à prendre mon envol. Et je me suis retrouvée clouée au sol, les ailes brisées.

Quelqu’un me dira : « on donne des leçons difficiles aux bons élèves ». Soit ! Cela redorait un peu mon ego bien mal en point, moi qui ne pouvais plus prétendre à grand-chose, et en même temps cela me confortait dans l’idée que j’étais sur ma voie, même si le chemin semblait brouillé et la destination inconnue.

 

Mais avant de pouvoir vraiment imaginer que cette expérience n’était pas un échec, il m’a fallu du temps et du cheminement supplémentaire. Car au plus vif de l’expérience, submergée par les symptômes et la souffrance, confrontés à ceux dont l’ego se déployait implacablement dans le « faire » et le « je sais », dont la toute-puissance n’avait pas encore été entamée et qui me renvoyaient que, eux, n’avaient pas chuté, je me sentais assez pitoyable. Je percevais à quel point être malade était perçu comme une infériorité qui confortait bien des personnes dans leur sentiment de supériorité ou dans leurs certitudes. Je n’avais plus de prise sur rien ni personne et il me restait peu de choses auxquelles me raccrocher.

 

 

Lent retour à soi

 

Il me restait néanmoins l’attention et la présence à moi-même, dans de rares moments mais de façon continue, car lorsque la souffrance était trop intense, je n’avais plus un millimètre de distance et je me retrouvais complètement identifiée à ce qui me traversait, pendant des heures ou des jours, jusqu’à ce que la souffrance s’amenuise et alors je pouvais repenser normalement, croire que quelque chose pouvait s’ouvrir à nouveau et que ma vie reprenait son cours « normal ». Plusieurs fois la confiance m’a lâchée et profondément j’ai voulu abandonner la lutte. Si chaque matin je me levais en réaffirmant mon désir de vivre, il m’est arrivé de demander à ce que cela finisse, que je sois « rappelée » dans le grand tout, débranchée définitivement. La vie n’avait plus aucun sens dans ces jours qui se ressemblaient tous et dans lesquels je ne faisais que survivre dans un épuisement indescriptible.

 

Pourtant, très profondément en moi, de façon très ténue, je sentais quelque chose, comme un sillon qui ne lâchait pas et savait où il allait. Une charrue invisible continuait à creuser ma terre. Moi j’étais perdue, détruite, terrassée, déconstruite, mais quelque chose m’informait que ce n’était pas une défaite, pas une fatalité, que c’était un processus et que probablement la Vie savait où elle allait. C’était à peine audible et cela ne ressemblait pas à de l’espoir, mais à une intelligence qui connaissait la direction et qui veillait à mes côtés.

 

Malgré cela, même si je comprenais que c’était un processus, je comprenais aussi que je pouvais en mourir sans avoir eu le temps de trouver la sortie ou la paix intérieure. Les nuits où j’ai cru que je pouvais partir, où je pensais désespérément que je n’avais pas eu le temps de m’accomplir, pas plus que je n’avais eu le temps de faire un testament (cela me paraissait tout à coup inconcevable de laisser ainsi tous mes objets, sans pouvoir les confier avec tendresse aux plus proches !), ce n’est pas la peur qui m’enlaçait, mais un sentiment d’urgence, d’inaccompli, cherchant à comprendre à quoi, à qui mes jours avaient servi jusqu’ici. Alors montait le constat effrayant que je n’étais pas « prête » à mourir. Pas prête dans le sens, « pas d’accord », mais en plus et surtout, pas « préparée » à lâcher et à être en paix avec le chemin qui aurait pu être le mien jusqu’à cette dernière heure. Et en même temps, j’avais le sentiment que je n’arrêtais pas de mourir depuis six ans, que des pans entiers de mon édifice sombraient, que j’étais rabotée de partout dans mes structures, que j’étais épurée par un feu qui consumait l’ancien et l’inutile.

 

J’ai appris de mon guide spirituel que c’est au cœur de l’impuissance que le sacré fait son nid. J’y étais. A genoux, pleurant toutes mes pertes, ne sachant quelle grâce demander. 

 

Qu’est-ce donc qui m’a tenue « en vie » ? Je me suis interrogée en permanence sur ce qui tenait en vie l’humanité dans ses plus grands défis. Je n’avais pas de réponse. Quand j’étais au bout de mes limites, je disais juste : comment ont-ils fait ?

La pensée de Christiane Singer dont j’admire tant l’écriture et le parcours, ne m’a pas lâchée pendant tout ce temps. Emue par son dernier livre « Derniers fragments d’un long voyage », je restais comme sidérée par sa fin. Je pensais : si elle, elle est partie, que puis-je, moi, face à ce qui me traverse ? C’était une grande leçon d’humilité d’acquiescer aux destins de chacun.

 

Mes intentions, ma « volonté », ma détermination, me semblaient bien peu de chose face à ce qui m’anéantissait. Je ne me sentais aucun pouvoir. Même si l’on entend à l’envie que nous sommes co-créateurs, que nous avons un pouvoir illimité, là où j’étais, j’avais du mal à le mesurer et je n’étais pas très sûre d’y contribuer beaucoup !

 

J’avais l’impression d’avancer connectée à des niveaux différents. D’un côté ma force intérieure qui ne voulait pas faiblir, portée par mes élans de gratitude devant la beauté, offerte par l’éphémère dont je me nourrissais ; d’un autre côté, un sentiment d’impuissance totale devant le mystère de la vie et de la mort, devant tout ce qui m’était retiré, devant les forces qui tout à coup se réveillent et vous assaillent. J’étais consciente d’être prise entre ma part illimitée, liée au divin, à la conscience éternelle, et la part la plus limitée en moi, liée à ma personnalité, à mon humanité, à ma chair, à mon corps si difficilement « contrôlable » et réparable !

 

Je sentais en moi, réellement, ou du moins je voyais très clairement, cet élan de vie, ces projets qui attendaient d’éclore, cette pulsion qui cherchait à retrouver son feu, je voyais se dérouler tous les possibles, ils étaient presque au bout de mes doigts, mais de l’autre côté d’une frontière et tout restait impossible. J’étais le témoin de mon impuissance, d’une force plus forte que mon propre désir. Une chape de plomb me recouvrait, je n’arrivais pas à passer au travers et aucune pensée ne pouvait se concrétiser pour des choses parfois très simples et ordinaires. Je n’avais même pas la force de me débattre, j’avais juste envie d’hurler d’être comme emmurée vivante.

 

 

La rencontre des mémoires

 

Comment expliquer six années de souffrance et de descente aux enfers ? Par un manque d’intelligence, de conscience, d’envie de vivre, de volonté à guérir ? Ce serait tellement rassurant pour la plupart des gens ! Ainsi chacun pourrait se sentir protégé de ce qui peut arriver du jour au lendemain, la maladie comme la mort et surtout la souffrance intolérable issue du passé.

Si la maladie était la signature d’un manque de conscience, comment expliquer que tant de personnes très avancées sur le chemin, tant de saints, de religieuses, de gurus, y soient confrontés ?! La maladie reste aujourd’hui stigmatisée comme une expérience qui arrive à des gens qui « ne sont pas dans le bon chemin », « qui ont quelque chose à comprendre », « qui ne sont pas dans la lumière », « qui paye leur manque d’hygiène de vie », …bref, j’ai entendu tant d’inepties à ce propos qui pourraient faire sourire par leur naïveté et leur assurance péremptoire, mais lorsqu’on est au cœur de la tourmente, cela ne fait pas rire du tout. Ce qui est sûr, c’est que la seule chose qu’il y a à comprendre, c’est qu’il y a quelque chose à guérir. Et qu’on ne peut guérir avec des mots et des méthodes utilisant les mêmes maltraitances subies par le passé.

Chaque être rencontre un jour ses limites. Ou pas. Les illusions sont nombreuses et nous sommes tellement limités que seule l’humilité devrait être notre guide en toute circonstance. Il serait tellement préférable de dire « je ne sais pas ». Car ceux que j’ai rencontrés et qui disaient savoir, parlaient de quelque chose dont ils ne faisaient pas l’expérience. Tout comme je pouvais le faire moi-même il y a quelques années, avant cette traversée. Or, c’est l’expérience, seulement la traversée de l’expérience, qui permet de parler de ce qui nous a traversés…

 

Dans le processus qui était le mien, rien de la conscience ou du ressenti n’avait disparu. Au contraire, avec le temps, l’un et l’autre augmentaient et allaient à la rencontre de cette mémoire cellulaire qui suintait de partout et qu’il fallait accueillir. Aucun claquement de doigt, aucun vouloir ne pouvait me faire sortir de ce qui me rendait malade. Nous abordons ce type d’étape avec tous les voiles et les refoulements laissés par le passé, tant le passé de l’enfance, que le passé transgénérationnel, voire karmique.

 

Pour ma part, la force de cette mémoire était tellement puissante, tellement mortifère que rien de ce que j’avais appris, mes croyances, mes savoirs, mes trente années de « développement personnel » n’était en mesure de « comprendre », pas plus que « d’accueillir » ce qui se présentait si soudainement et si intensément dans ma vie.

Et je le répète, aucune « volonté » n’a d’action sur ce processus. La volonté ne maîtrise rien. Vouloir n’est pas pouvoir. Au mieux pouvais-je garder au plus près de moi, au plus intime de mon être, une intention : celle de guérir et de m’en sortir vivante. Et là, je n’étais sûre de rien, car la force de ce qui me traversait me dépassait.

 

C’était comme un fleuve en crue. Si les humains n’ont pas prévu de barrage ou si le barrage cède sous l’intensité des flots, ou si la nature n’oppose pas de résistance matérielle à ce flux, alors cette eau va tout envahir, va tout inonder. Il faudra des efforts et du temps pour écoper, pour nettoyer l’espace embourbé par ce que l’eau a drainé avec elle, pour assécher, trier, réordonner l’espace abîmé par l’inondation et le bourbier dévastateur.

 

C’est ainsi qu’était arrivé et avait fait irruption mon passé, passé lointain des premiers jours, premiers mois, premières années où aucune parole n’est encore présente pour se raconter ce qui se passe, aucune logique pour expliquer l’abandon, l’oubli, l’absence de lien, le déracinement.

Pas de mot. Seulement la mise en abîme. Seulement le corps qui sait, sent et « pense » par ses cellules, en absorbant chaque ressenti engrammé, en attente d’être -un jour peut-être- décodé dans un improbable futur. [6]

Ce qui ne peut se penser, se parler, s’inscrit avec force, en apparence invisible dans un premier temps. Mais tout est intact, laissé en dépôt dans la matière de notre corps.

La force avec laquelle va s’exprimer cette mémoire est proportionnelle à l’intensité du traumatisme et en relation avec les conditions stressantes de l’environnement présent. Ces conditions sont en effet permissives pour que le corps et l’inconscient perçoivent la similitude entre la situation présente et la situation passée. Cela peut être du harcèlement au travail, de la violence, la maladie, un deuil…, la vie va nous mettre en situation de ré-éprouver ce qui était enkysté et que nous serons amenés à recycler, comme des déchets qu’il faut transformer, traiter pour assainir un lieu.

 

Il a donc suffi d’une situation particulière, en l’occurrence extrême pour moi comme la maladie de Lyme pour être replongée dans la vulnérabilité, la douleur (non comprise, exactement comme ça arrive quand des bébés pleurent et qu’aucun adulte ne sait apporter de réponse adéquate), la faiblesse, la fatigue, la perte de repère, l’impuissance totale tant physique que psychique, toutes ces conditions qui font que l’on devient une « proie » idéale et si facile pour d’autres personnes qui vont s’engouffrer dans cette faille et y projeter toutes leurs croyances, toutes leurs réactions, tout leur mal-être avec une intensité qui ne s’exprimerait pas ainsi en d’autres circonstances.

 

Ainsi la blessure d’un autre, ses failles, vont pouvoir jouer à l’identique le comportement du parent avec lequel nous étions en lien dans le passé et qui nous a blessé. C’est tout le problème de la dépendance qui refait surface. Un adulte limite (normalement) ses actions maltraitantes vis-à-vis d’un autre adulte, mais beaucoup moins vis-à-vis d’un enfant qui ne peut pas évaluer ce qui se passe, ni réagir ou fuir. La dépendance est la source de la plupart des maltraitances : humain/animal, homme/femme, adulte/enfant, professeur/élève, chef/subalterne, c’est-à-dire chaque fois qu’il existe une domination et un abus de pouvoir dont on ne peut s’extraire facilement. Dans certaines situations, nos défenses sont amoindries, permettant cette domination et d’être littéralement vampirisé par le système de l’autre.

 

 

Système immunitaire et intégrité

 

Ici, dans cette maladie, c’est tout mon système immunitaire qui faisait défaut, entre autres désordres physiologiques, puisque le système nerveux était aussi gravement atteint, j’étais parasitée jusqu’au cœur de mes cellules, de mon cerveau.

Système immunitaire sensé faire le tri entre le soi et le non-soi…

A quel moment, mieux que la petite enfance, cette frontière est au plus bas, presque abolie, notre « soi » étant dilué dans le « soi » de notre mère, notre corps éthérique recevant et se construisant à partir du corps éthérique de notre mère, notre corps et notre psyché n’étant pas encore dissociés de ceux de notre mère ? Rappelons que le système immunitaire met sept ans pour se construire, donc que nous sommes totalement immatures dans les premières années de la vie et que nous apprenons lentement à nous différencier.

Si tout se passe « bien » ou « au mieux », nous allons nous dissocier, à condition d’être en sécurité, d’avoir un territoire et de pouvoir passer par l’étape du « non » sans se faire détruire psychiquement. Le stade du non dans lequel l'enfant apprend à s'obstiner apparaît aux environs du quinzième mois. [7] 

Sans sécurité, sans territoire, le « non » devient évidemment difficile et l’enfant reste coincé dans une inhibition mortifère.

 

Rappelons aussi que selon les expériences d’Henri Laborit sur le stress et l’observation des trois attitudes possibles face à un stress, (attaque, fuite, inhibition), seule l’inhibition génère des conséquences psychosomatiques. [8]

 

Ainsi la maladie se configurait pour moi comme un lieu de régression vers l’enfance où je retraversais les conditions de vie qui avaient été si mortifères pour moi, sans adéquation avec mes besoins élémentaires et mon être profond.

 

 

Les jeux de rôle

 

Dans cette hypersensibilité ravivée par la maladie, tout s’engouffrait de façon exacerbée et la connaissance cellulaire du passé, ainsi que le discernement et la connaissance de moi-même acquis par mon cheminement, permettaient de déceler les non-dits, l’implicite, le déni, les incohérences, tout ce qui avait constitué mon observation aigue mais passive dans mes premières années de vie. J’ai commencé à capter et surtout à vivre des choses, des situations, des comportements, qui me mettaient en grande souffrance, touchaient mon intégrité et manifestement je me retrouvais dans l’impossibilité d’être accueillie. Bien sûr, je me disais que c’était moi le problème, c’est moi « qui clochais ». Je n’étais pas « adaptée », il fallait « que je comprenne quelque chose » (puisqu’on n’arrêtait pas de me le répéter !!), que « j’améliore quelque chose », toutes ces choses que l’enfant se dit face à un parent qui exige de lui des choses contre sa nature profonde et qui utilise l’enfant pour répondre à son propre manque d’assurance et à ses besoins insatisfaits.

 

Ainsi dans cette nouvelle relation amoureuse, désir, amour, présence, partage, lien, je fus laissée à la porte de tout ce qui pouvait nourrir une relation.

J’étais ramenée à ce que ma mère, par une coupure profonde avec elle-même, n’avait pas pu me donner.

L’impossibilité d’avoir la plus petite place dans l’intimité de l’autre, l’ambivalence, la non reconnaissance, la parole méprisante et cassante, la mauvaise foi, l’humiliation, le rejet de mon corps, les jeux de pouvoir, la manipulation, tout se rejouait de façon plus ou moins subtile, explicite ou implicite, à travers mon impuissance et mes symptômes qui grandissaient au fur et à mesure que le manque d’empathie et de présence se révélait comme une coupure sans fond où je ne pouvais être ni vue ni accueillie pour qui j’étais vraiment.

Au fur et à mesure, je captais qu’un problème structurel, profond, empêchait tout lien, cela n’ayant éventuellement rien à voir avec le sentiment amoureux, même si de fait il ne pouvait se révéler et être offert, et que cela avait à voir avec les blessures du passé.

J’étais incapable de voir la corrélation entre mes symptômes, que je mettais exclusivement sur le compte de ma précédente séparation, et cette relation actuelle, et aussi que malgré le fait que je reprenais pied dans la vie, que je m’occupais bien de moi, la maladie s’installait dans la chronicité, que ma vitalité diminuait de mois en mois, que je continuais à prendre du poids, et à gonfler (préférentiellement en présence des autres), et que mon estime de moi n’était plus qu’une peau de chagrin. Aujourd’hui, je peux imaginer que plus je réprimais ce que je sentais et qui ne me convenait pas, plus mon corps dépérissait, comme l’enfant qui est condamné à faire mourir en lui son Soi profond, pour continuer à plaire à ses parents et ne pas déranger. [9]

 

« Mieux nous connaissons l’histoire de notre vie, mieux nous pouvons détecter les manipulations, d’où qu’elles viennent. C’est notre enfance qui, si souvent nous en empêche. C’est notre vieux rêve, jamais complétement vécu, d’avoir des parents bons, loyaux, intelligents, conscients et courageux, qui peut nous entraîner à ne pas voir la mauvaise foi ou l’inconscience (…). Lorsque l’illusion répond si bien à nos besoins et notre détresse, il faut plus longtemps pour ouvrir les yeux. » Alice Miller, Le drame de l’enfant doué.

La manipulation concerne ici toutes les stratégies mises en place pour s’accaparer l’autre et le rendre disponible pour nous.

 

Ainsi je restais en partie aveuglée, le plus souvent en état de confusion et écartelée entre des informations paradoxales.

D’un côté, j’étais témoin de comportements me laissant croire que l’autre était engagé, alors que la personne qui était vraiment disponible et demandeuse dans la relation, c’était surtout moi (d’ailleurs trop et pathologiquement disponible au vu de tout l’espace que la maladie prenait, me coupant de l’expression de mes besoins personnels et me laissant, comme l’enfant d’autrefois, dans le seul positionnement que permet la dépendance : être totalement disponible aux besoins et à l’emploi du temps de l’autre, pour obtenir quelques miettes d’amour) ; et parallèlement mon corps captait tous les signes d’ambivalence exprimés corporellement par l’autre (car pratiquement rien ne s’exprimait par les mots), signes manifestés avec force et constance, entretenant ma souffrance et un sentiment de folie.

Je vivais de plus en plus en situation de double contrainte. Plus je donnais, moins je recevais. Et plus je commençais à me positionner et donc à moins répondre inconditionnellement aux besoins inconscients de l’autre, à me rebeller, à ne pas accepter d'être délaissée et non respectée, plus l’autre s'enfermait dans la fuite et le désengagement.

Le corps de l’autre se fermait devant moi, alors que je voyais comme il s’ouvrait systématiquement devant d’autres femmes, je voyais comment générosité, patience, efforts, étaient offerts sans limite à l’extérieur, quand moi je n’avais droit qu’à intolérance, impatience, mesquinerie et mépris pour ma vulnérabilité.

 

La maladie m’avait fait me retrouver « toute petite ». Par la loi de résonnance, quoi de plus efficace pour rencontrer des personnes, des situations, des comportements qui allaient faire écho à la façon dont j’avais été traitée quand j’étais « toute petite » ?

 

 

Sortir du désamour

 

 

 

Mais jusqu’où peut-on continuer à protéger les autres, subir leurs blessures qui nous blessent et leurs systèmes maltraitants voire pervers[10], de peur que notre propre vérité soit blessante pour eux en leur révélant leurs limites ? Jusqu’où peut-on rester dans le désamour ? Jusqu’où peut-on nier ses besoins et son être ? Jusqu’où peut-on rester dans l’illusion ? Jusqu'où peut-on manquer de courage? [11]

Il arrive un temps où, après avoir exprimé ses besoins et n’avoir pas eu de réponse, ce n’est plus possible. La vérité intérieure demande grâce, quel qu’en soit le prix à payer. C’est en sortant de cette loyauté invisible que l’on met fin à la toxicité du passé et que l’on peut guérir. « Chacun doit payer le prix de son désir » dit le psychanalyste Willy Barral. La satisfaction des besoins doit repasser par soi-même.

 

La loyauté m’avait tenue dans une méconnaissance de moi-même et fait croire que j’étais la source du problème, qu’il y avait quelque chose à changer en moi et qu’en acceptant toujours plus les exigences et la mauvaise foi d’autrui je serais peut-être plus aimable et finalement aimée. La loyauté me maintenait dans la confusion, incapable de me dissocier du système toxique qui m’avait servi de référence, et elle me privait à la fois du discernement et des ressources nécessaires pour sortir du système. Ce qu'il y avait à changer, par contre, c'était toute l'organisation de ma vie et la redéfinir par rapport à mes propres sensations et besoins.

 

A force d’écoute de moi-même, à force de valider à nouveau tous mes ressentis internes et mes émotions, de donner la priorité à ce que mon corps exprimait et non pas à ce que l’extérieur semblait attendre de moi, la vérité se faisait jour petit à petit et remontait comme des cailloux enfouis sous une terre de plus en plus meuble. L’évidence du non-accueil que je vivais, enflait proportionnellement à mon corps qui gonflait à chaque effondrement de la présence de l’autre.

 

Cette priorité redonnée au ressenti, s’est étendue jusqu’à l’intuition, mes antennes se sont dressées. Il était temps, étant donné que plusieurs personnes avaient déjà vu et pressenti depuis plusieurs mois ce que je serais contrainte de vivre et de voir de mes propres yeux, dans l’humiliation.

J'avais posé une question. J'avais demandé à l'autre de me dire où il en était dans cette relation. Au bout d'un mois, malgré relances et perches tendues, rien que du silence et visage de dégoût lorsque je m'approchais.

Mes antennes me dirent que j’étais à nouveau en danger, que l’autre, dans ses systèmes de fuite, s’était investi ailleurs. Déni en surface et pourtant j’ai eu, profondément, la conviction que quelque chose se passait. Le ciel était tout à coup chargé d’une énergie nouvelle qui m’alertait. Comme l’enfant sait intuitivement les éloignements et les trahisons de sa mère et comprend que les raisons qu’on lui donne ne sont jamais les vraies, je savais avec acuité que quelque chose se créait, ailleurs, et que j’étais soustraite à la vérité, tenue dans le secret d’un processus psychique dont la finalité était l’abandon et ma mise à l’écart.

 

Quand j’ai senti cela, coupant l’espace devant moi de haut en bas, une épée s’est levée. En même temps qu’une colère indescriptible.

 

Quand l’épée s’est levée, ai-je moi-même armé mon bras ou bien mon bras était-il armé par une force plus grande que moi ? Peut-être était-ce la Vie qui réclamait en moi, qui exigeait son dû et demandait à retrouver impérativement de l’espace dans un système devenu tellement mortifère.

 

La force qui m’a traversée m’a parue phénoménale, à la hauteur probablement de la force antagoniste qui était entrain de m’engloutir et de me faire mourir. J’étais engluée dans un enfer indescriptible, intraduisible et quelque chose en moi s’est levé et a dit : stop !

 

Dans les heures qui ont suivi, une phrase est tombée : « tu es libre et guérie ».

 

Ensuite, c'est moi qui ai dit à l'autre personne, puisque tu n'as rien à me dire, alors je n'ai plus rien à te dire. La sentence était brutale, à la hauteur  des portes fermées depuis des années et à la hauteur de ce que je m'étais laisser infliger.

 

Le prix à payer a été de même nature que lorsque par le passé je tentais de dire non à ma mère et que je me retrouvais dans un système de vengeance et de punition. Je payais généralement chèrement mes tentatives de liberté ou d’autonomie, et ma mère me faisait tout de suite clairement comprendre que je n’étais plus « sa fille » et qu’elle me préférait quelqu’un d’autre, une cousine généralement, sur qui elle déversait ses générosités, ses cadeaux et son attention.

 

Dans ce que l'autre manifestait, clairement il me signifiait qu'il avait déjà mis fin à la relation et toute la subtilité du système pervers consiste à faire porter à l'autre sa propre réalité, pour ne jamais en prendre la responsabilité. Ainsi c'est moi qui me faisais larguer, mais c'est moi qui mettais en action ce qui était rendu implicite... Ainsi après cette limite posée par moi qui mettait fin à la relation, j’ai été « remplacée » en moins d’une semaine. En me rendant à une conférence dont nous avions parlé quelques semaines plus tôt, mon intuition m'a avertie de ce que j'allais y trouver, à savoir cet homme tendrement enlacé dans les bras d'une autre. J'ai ainsi pu constater par moi-même l'inélégance de cette fin de relation et que, là encore, le corps sait bien avant nos résistances psychiques ce qui se joue dans nos vies.

 

J’ai aussi « payé » financièrement la fin de cette relation, par une dette qui ne m’a pas été entièrement remboursée. Et j'ai eu de la "chance"..., j'ai failli devoir aussi payer des services qui m'avaient été rendus pendant le temps de la relation, comme le transport de cartons de déménagement ! J'ai manqué de répartie et d'humour (ça manque un peu l'humour dans ces moments là...), pour envoyer ma facture avec tous les repas préparés, les heures de ménages et vaisselle, les heures de "psy" à écouter ses problèmes, et la liste des objets laissés gracieusement, alors que moi il ne me reste aucun des cadeaux offerts pendant cette relation.

Finalement…, ce marchandage ne faisait écho à rien d'autre que des pratiques qui étaient courantes dans mon système familial et dont je pouvais voir ici la matérialisation, la cristallisation, en conscience, et surtout retrouver le chemin émotionnel que cela réveillait, à savoir des colères noires et destructrices. Ces colères, vécues intérieurement, m’ont traversée pendant des jours et des jours, de façon si intensive que je me croyais capable de faire du mal à autrui et surtout à moi-même. Un massacre avait lieu à l’intérieur de moi. J'entrais en contact avec tout ce qui m'avait massacré depuis l'enfance. J’avais l’impression d’être assise sur une bombe, dont la charge s’échappait et dont je n’avais plus le contrôle.

Mais une partie de cette colère me tenait debout et m’avait rendu ma dignité, mon intégrité, en mettant fin au mensonge et au déni.

 

 

La guérison

 

La « magie » du processus traversé, bien que très douloureux et traumatisant, c’est que du jour au lendemain je pouvais à nouveau marcher normalement, porter des choses lourdes sans ne plus être accablée, me baisser et me relever facilement, je retrouvais ma force, mon élan de vie, les rues de la ville s’ouvraient à nouveau devant moi, moi qui était restée confinée pendant six ans dans un espace très restreint et je prenais plaisir à rentrer à pieds de mes rendez-vous.

Mon corps reprenait ses droits, sortait ses « poubelles », faisait le ménage. Un kyste asymptomatique depuis des années s’est enflammé d’un coup, au point de devenir aussi gros qu’un œuf. Mes traitements naturels n’en venaient pas à bout, et après la visite chez le dermatologue et une crème antibiotique, du pus épais s’est écoulé pendant au moins trois semaines.

 

Littéralement « écœurée », au sens propre, par cette fin de relation, j’avais la nausée tous les jours et mon corps s’est mis à jeûner, probablement pour digérer des choses plus importantes et plus subtiles que de la nourriture solide. En un mois, j’avais perdu dix kilos, retrouvé un visage, je n’avais plus d’œdèmes, je ne m’effondrais plus au moindre effort, ma peau qui était devenue craquelée comme celle d’un alligator, était redevenue fine et douce, mon regard opaque était redevenu brillant et ma voix s’était raffermie et posée. Une transformation que les personnes qui m’avaient vue un mois avant ne manquaient pas de me faire remarquer, comme deux de mes thérapeutes qui constataient que c’était « le jour et la nuit » et que j’avais été capable d’accomplir une véritable « révolution ». Pour la première fois, je n’avais pas vraiment besoin de validation, tellement l’évidence était vécue intensément dans mon corps et que je sentais cette renaissance inconditionnellement.

 

J’étais presque « comme avant », dans le sens où je retrouvais quelque chose que j’avais totalement perdu au moment de la maladie, et bien sûr, je n’étais plus la même, transformée par l’épreuve et une liberté intérieure qui était en germe et qui n’attend plus qu’à se déployer.

 

Pour autant, tout n’est pas résolu dans ma vie. Une enfance confisquée, avec des besoins niés au plus profond, laisse des traces. Il me reste donc à conquérir mon présent et mon futur. La vie est puissante et fragile et nul ne sait quelle est la prochaine étape, la prochaine épreuve, puisque c’est le Vivant qui vient chercher en nous ce qui doit sans fin être transformé. Avec humour, je demande juste à l’univers une petite pause, qui m’apparait bien méritée… Je ne me sens à l’abri de rien. Juste attentive. Car six années de descente aux enfers laissent la mémoire d'un nouveau traumatisme à digérer, et elles ont abîmé le corps qui doit retrouver une vitalité gravement atteinte.

 

Sortir des mémoires du passé passe par « revivre sa souffrance », comme le dit Arthur Janov [12], pour aller enfin vers l’autonomie. Et « La véritable autonomie est précédée de la sensation de dépendance. La véritable libération ne se trouve qu’une fois dépassé le sentiment profondément ambivalent de la dépendance infantile. », dit Alice Miller.

 

 

Pourquoi l’expérience peut-elle avoir lieu, pourquoi ces mémoires peuvent-elles être réactivées de façon si intense ? C’est Danièle Flamenbaum, auteur du livre « Femme désirée, femme désirante », qui m’a mise sur cette piste de compréhension. Si quelque chose est réveillé dans une relation, ce n’est pas parce qu’il n’y a pas d’amour. C’est au contraire parce qu’à un moment on touche cette sensation d’amour ou quelque chose qui y ressemble, et qu’en conséquence, nous sommes ramenés à la première histoire d’amour de notre vie, celle d’avec notre mère. Et si cette histoire s'est vécue dans le désamour, la relation amoureuse devient la scène où se rejoue ce désamour.

 

Pour retrouver le vrai chemin de l’amour, il faut retrouver le chemin vers soi-même et son Soi qui a été oublié en cours de route.

 

« C’est dans cet accès spontané, tout naturel, à ses sentiments et à ses désirs personnels que l’être humain puise sa force intérieure et son respect de lui-même. Il a le droit de vivre ses émotions, d’être triste, désespéré ou d’avoir besoin d’aide, sans trembler de perturber quelqu’un. Il a le droit d’avoir peur quand il se sent menacé, de se fâcher quand il ne peut satisfaire ses désirs. Il sait non seulement ce qu’il ne veut pas, mais aussi ce qu’il veut, et se permet de l’exprimer – que cela lui vaille d’être aimé ou détesté. »

 

Voilà quelle est la véritable invitation à la liberté, à laquelle nous sommes encore nombreux à être conviés, pour guérir et grandir.  

 

« Nous ne pouvons rien changer à notre passé, faire que les dommages qui nous ont été infligés dans notre enfance n’aient pas eu lieu. Mais nous pouvons nous changer, nous « réparer », regagner notre intégrité perdue. Pour cela, il faut nous décider à considérer de plus près le savoir que notre corps a emmagasiné sur les événements passés, et à le faire émerger à notre conscience. Cette voie est certes inconfortable, mais c’est la seule, semble-t-il, qui nous permette de sortir enfin de l’invisible prison de notre enfance et de nous transformer, d’inconsciente victime du passé, en un homme ou une femme responsable, qui connaît son histoire, et vit avec elle ». [13]

 

 

MT

 

 

 

Gratitude

 

Un chemin vécu dans la solitude ne veut pas dire que l’on n’a pas été accompagnée…

Je remercie toutes les personnes qui se sont trouvées sur ma route, celles qui m’aiment comme celles qui m’ont blessée, car toutes m’ont permis d’avancer sur le chemin de conscience.

Je remercie l’âme de P. pour avoir participé à ma guérison

Je remercie JC pour m’avoir montré le chemin du coeur

Je remercie Ch. mon amie, ma sœur de cœur

Je remercie mes thérapeutes, D., Ch., Ch., et leur bienveillance qui fut comme un baume

Je remercie M. mon guide spirituel, pour m’avoir permis de rester connectée au sacré

Je remercie les présences invisibles, le mystère de la vie et tout ce qui me dépasse,

Je remercie mes parents, qui m’ont donné la vie

Je remercie mon corps, son intelligence et sa force.

Je remercie la Terre qui m’a portée…

 

 

 

[1] Voir le livre de Boris Cyrulnik « Sauve –toi, la vie t’appelle », où l’on voit comment la souffrance peut rester inaccessible pendant des années ; il cite à ce propos l’ouvrage de Nicolas Abraham « L’écorce et le noyau » qui constitue « la meilleure théorisation psychanalytique de la notion de « crypte ».

 

[2] Nous sommes en fait équipés dès l’enfance pour l’empathie, mais notre mode éducatif, les maltraitances relationnelles, nous ont coupés de cette ressource naturelle.

 

[3] René. SPITZ l'avait démontré en étudiant le fonctionnement des pouponnières.

Dans une pouponnière modèle, il constate que les enfants privés de leur mère présentent une sensibilité accrue aux infections (37 % de mortalité) par rapport à ceux d'une maison maternelle qu'il suivait simultanément (aucun décès).

C'est ainsi qu'il regroupa un certain nombre de troubles graves, engendrés chez les nourrissons par un séjour prolongé en milieu hospitalier, sous le nom d'«hospitalisme».

Il constate en effet que malgré des soins attentifs, les enfants séparés de leur mère n'arrivent pas à se développer normalement. Leur croissance physique est ralentie, la résistance aux maladies diminue, le niveau intellectuel décroît, le langage reste rudimentaire, le balancement est presque toujours présent.

Ce dernier phénomène va de pair avec un important retard dans le domaine des relations sociales. Le balancement est consécutif à une carence affective ou à l'instabilité des relations existentielles avec les personnes de l'entourage.

Dans le syndrome de l'hospitalisme, l'enfant se fait parfois du mal (il cogne sa tête ou s'arrache des touffes de cheveux) et des troubles caractérielles s'installent : après les cris et les pleurs de désarroi et d'anxiété, la résignation s'installe avec l'apathie, le refus d'aliments et l'indifférence. Ces troubles sont d'autant plus accentués que la séparation survient précocement et qu'elle est durable. Pour R. SPITZ, après le cinquième mois de séparation, les troubles sont fixés irrémédiablement.

 

[4] « L’enfant a un besoin inné d’être pris au sérieux et considéré pour ce qu’il est. « Ce qu’il est » signifie : ses sentiments, ses sensations et leur expression, et ce dès le stade du nourrisson. Dans une atmosphère de respect et de tolérance pour les sentiments de l’enfant, celui-ci peut, à la phase de séparation, renoncer à la symbiose avec sa mère et accomplir ses premiers pas vers l’autonomie » ; Alice Miller, Le drame de l’enfant doué

 

[5] « Pour traverser les pires moments de la vie, que conseillait saint Silouane, l’un des plus grands spirituels de la tradition orthodoxe ? En tous cas pas de prier – comment prier quand on n’est plus en relation, quand dans son intériorité on n’a plus personne à qui s’adresser ?

Et là aussi, sa parole vaut pour tout être humain, quelle que soit sa croyance ou son incroyance – « Tiens ton souffle en enfer et ne désespère pas ! » : tu as le sentiment que plus rien ne tient ni ne te tiens, mais il reste ce souffle qui te traverse et te garde néanmoins en vie : concentre-toi sur ce souffle, inspire cet air qui te vient d’ailleurs et, en expirant, chasse ce qui t’encombre et t’étouffe ! Tu ne nies pas l’enfer où tu te trouves ; tu ne cultives pas la pensée désespérante que rien d’autre n’existe : tu mets toute ton attention sur ce souffle ténu mais têtu qui te parle encore de la vie.

Et c’est à travers ton corps que le souffle d’une Présence va te parvenir peu à peu à mesure que la paix t’envahira. », Lytta Bassest, Ce lien qui ne meurt jamais

 

[6] Nous avons recours à des mécanismes qui nous permettent de fuir la réalité lorsqu'elle est intolérable. Nous refoulons les informations nocives et nous les stockons, en attendant de pouvoir les traiter. Arthur JANOV cite une expérience menée dans un laboratoire pour illustrer ses propos sur le refoulement :

"(…) dans un laboratoire de biologie, une amibe, être unicellulaire, nage dans une boîte de Petri. Un chercheur ajoute quelques gouttes d'encre de Chine à l'eau du récipient. L'amibe absorbe le pigment et le conserve dans une vacuole. Puis il remplace l'eau polluée par de l'eau fraîche. L'amibe évacue alors les granulés d'encre, reprend son état normal (…)".

Plus loin, il revient sur cette expérience pour la comparer à notre fonctionnement d'humain:

"Le comportement de cet organisme unicellulaire microscopique si primitif est néanmoins révélateur et nous permet de mieux comprendre la névrose humaine, car il est, sous l'angle de l'évolution, le prototype du devenir humain. La manière dont l'amibe traite l'intrusion étrangère de l'encre de Chine est analogue à celle dont nous traitons nos traumatismes. Dans les deux cas, un agent de stress provoque dans l'organisme une mobilisation des défenses et modifie son fonctionnement normal. L'amibe enferme les granulés indésirables dans des vacuoles; nous refoulons l'information nocive et la stockons dans notre cerveau (…)". Arthur Janov, in Le Corps se souvient, p 18, p 26

 

[7] Le stade du « non » dénote l'acquisition d'une capacité d'abstraction, révélée par une faculté de jugement. Pour Spitz, le "non" est l'aboutissement d'un long processus de maturation somato-psychique qui ouvre la voie vers la communication humaine. https://fr.wikipedia.org/wiki/Ren%C3%A9_Spitz

 

[8] Voir l’expérience très connue d’Henri Laborit sur « la cage d’inhibition », expérience menée avec des rats à qui l’on permet d’être soit dans l’attaque, la fuite ou l’inhibition : http://www.alasanteglobale.com/laborit.html

 

[9] « L’adaptation aux besoins parentaux conduit souvent au développement d’une « personnalité-comme-si » (…) L’enfant se conduit de manière à ne montrer que ce que l’on attend de lui (…) Son vrai Soi ne peut se développer et se différencier car il ne peut être vécu. (…) Il s’est effectivement produit un tarissement, un appauvrissement, un étouffement partiel de leurs possibilités. L’enfant a été blessé dans son intégrité, et cela l’a amputé de sa spontanéité, de son élan vital ». Alice Miller, in Le drame de l’enfant doué.

 

[10] Je redonne ici à ce terme son sens issu de l’étymologie latine : dans le sens de "changé en mal" mais aussi dans le sens de "dénaturé", du latin pervertere, renverser, retourner, mettre sens dessus dessous.

 

[11] Alice Miller rappelle que les enfants maltraités sont « sans la moindre compassion pour l’enfant qu’ils étaient, et ceci est d’autant plus frappant que ces patients montrent non seulement une faculté d’introspection peu commune, mais encore une assez grande capacité d’empathie ». Mais « ils ne prennent pas au sérieux leur destin des années d’enfance, n’en ont pas la moindre compréhension émotionnelle (…). Le drame originel a été si parfaitement intériorisé que l’illusion de la « bonne enfance » peut être sauvée ».

 

[12] Arthur Janov, Le corps se souvient, guérir en revivant sa souffrance

 

[13] Alice Miller, Le drame de l’enfant doué

 

 

 

 

 

 

Michèle Théron ©

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15 septembre 2015 2 15 /09 /septembre /2015 22:00
Je suis la dangereuse et la très douce - Jacqueline Kelen

 

 

 

Je suis la dangereuse et la très douce. Celle qui tourbillonne mais ne change jamais. Je suis la puissance et l’innocence, la tempête et l’embellie. Le printemps tenace et le sang sur la neige. L’amante aux gestes lents, aux yeux plein de lumière. Celle que l’on révère et celle que l’on brûle comme sorcière. La clémente et la très lointaine. Celle qui murmure des secrets.

 

Je bouscule tous vos plans d’un grand rire, j’éparpille vos lois, et en tremblant je vous offre une rose. Je suis la nostalgie au fond de votre cœur. Je vous attends depuis l’aube du monde, je veille sur chaque heure de votre sommeil. C’est mon sourire qui vous a portés jusqu’à ce jour et qui vous fait croire en la vie. Je suis votre destin, je fais tourner la roue.

 

Je suis la Femme. Une brise de rien du tout sur l’océan de vivre. Un grand tracas d’amour qui monte jusqu’aux étoiles.

 

 

 

Jacqueline Kelen, Les femmes éternelles

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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14 septembre 2015 1 14 /09 /septembre /2015 21:24
Illustration Carl Gustav Jung - The Red Book

Illustration Carl Gustav Jung - The Red Book

 

 

Pour traverser les pires moments de la vie, que conseillait saint Silouane, l’un des plus grands spirituels de la tradition orthodoxe ? En tous cas pas de prier – comment prier quand on n’est plus en relation, quand dans son intériorité on n’a plus personne à qui s’adresser ?

 

Et là aussi, sa parole vaut pour tout être humain, quelle que soit sa croyance ou son incroyance – « Tiens ton souffle en enfer et ne désespère pas ! » : tu as le sentiment que plus rien ne tient ni ne te tiens, mais il reste ce souffle qui te traverse et te garde néanmoins en vie : concentre-toi sur ce souffle, inspire cet air qui te vient d’ailleurs et, en expirant, chasse ce qui t’encombre et t’étouffe ! Tu ne nies pas l’enfer où tu te trouves ; tu ne cultives pas la pensée désespérante que rien d’autre n’existe : tu mets toute ton attention sur ce souffle ténu mais têtu qui te parle encore de la vie.

 

Et c’est à travers ton corps que le souffle d’une Présence va te parvenir peu à peu à mesure que la paix t’envahira.

 

Lytta Bassest, Ce lien qui ne meurt jamais

 

 

 

 

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11 septembre 2015 5 11 /09 /septembre /2015 10:28
La colère nous met debout - Lytta Basset

 

La colère, en nous faisant prendre parti pour nous-mêmes vivants, transforme le Maléfique en un fantôme évanescent et nous remet debout face au Vivant.

 

Comment laisser le champ libre à la force recréatrice du Créateur ?

 

Il me semble qu’elle se déploie de préférence en période de table rase, quand plus rien ne tient, ne nous tient.

 

La colère a pulvérisé jusqu’à nos interlocuteurs fantasmatiques, il ne reste qu’une terre « informe et vide », selon le sens exact de l’hébreu tohu et bohu.

 

Il n’y a plus rien à faire… sinon laisser carte blanche au Vivant.

 

 

Lytta Basset, Ce lien qui ne meurt jamais

 

 

 

 

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9 septembre 2015 3 09 /09 /septembre /2015 20:24
Rien n’est dû - Lytta Basset

 

 

Rien n’est dû, en ce qui concerne l’amour et l’amitié.

 

Il m’avait fallu pas mal de temps pour en admettre l’évidence et l’accepter.

 

Cela m’avait mise à l’abri d’attentes hypertrophiées : les autres font ce qu’ils peuvent.

 

Si j’exigeais, même intérieurement, je m’exposais à la frustration : ce n’était jamais assez. Pire, si j’exigeais et obtenais, je devenais incapable de recevoir : ce qui venait était un dû, morne et sans surprise.

 

En revanche, si je n’attendais rien, ce qui m’était donné se révélait d’une saveur étonnante, comme en excès, en surcroit par rapport au cours normal de la vie : « Et toutes ces choses vous seront données en plus » avait annoncé Jésus (1).

 

 

Lytta Basset, Ce lien qui ne meurt jamais

 

(1) Evangile de Matthieu

 

 

 

 

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8 septembre 2015 2 08 /09 /septembre /2015 21:37

 

 

Quand deux légendes se rencontrent et mélangent leurs voix...

Deux styles, deux voix complètement différentes et un tube qui vibre toujours autant...

 

 

 

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8 septembre 2015 2 08 /09 /septembre /2015 19:20
La puissance de guérison - Lytta Basset

 

 

Il vient un moment où le chapitre est clos. On s’est plongé dans son passé personnel ; on a élucidé les événements, revécu les affects, le retentissement émotionnel ; on a intégré tout cela à sa mémoire vivante. Mais une nouvelle douleur, un traumatisme du présent, semble vouloir rouvrir la plaie.

 

Certains en déduisent avec plus ou moins d’amertume qu’ « on n’en a jamais fini ». Je ne le pense pas. Comme beaucoup, je ne crois plus en une toute-puissance divine bien installée en amont du malheur, ayant les moyens de l’empêcher, mais ne le faisant pas pour d’obscures raisons. Mon expérience de Dieu commence avec la souffrance. Je ne connais aucun Dieu d’avant la souffrance. Aussi loin que remontent les souvenirs de mes premières perceptions du divin, Quelqu’un s’ingéniait à me tenir la tête hors de l’eau : c’est qu’il y avait risque de noyade, dès le début. Puis, au cours des années d’investigation dans le passé enfoui, il est devenu clair que Quelqu’un me voulait en vie.

 

Et plus les blessures se fermaient, les conditionnements tombaient, les dysfonctionnements cessaient, plus il m’apparaissait que ce Quelqu’un me désirait libre – de cette pleine liberté du dedans que l’évangéliste Jean appelle la « liberté des enfants de Dieu ».

 

Pour moi, la toute-puissance divine est ailleurs. C’est exclusivement une puissance de guérison, de restauration, de re-création de notre être intérieur. Et ce qui me frappe dans l’expérience des humains qui y consentent, c’est qu’elle va jusqu’au bout de ce qu’elle a initié. Nous seuls lui mettons des barrières.

 

En cours de route, j’ai eu droit, comme tant d’autres, aux bons conseils du type : « Arrête de creuser ! », « Tu vas quand même beaucoup mieux », « Maintenant tu es équipée pour vivre, tu fonctionnes bien ».

 

Pourtant, moi seule pouvais entendre l’appel à cette liberté d’origine divine qui m’était destinée et qui m’attendait. J’ai commencé à percevoir la phrase « De toute façon, on n’en a jamais fini » comme un possible alibi pour ceux qui précisément ont fini d’avancer.

 

Le Vivant, lui, n’en a jamais fini de s’offrir à qui veut grandir en liberté intérieure.

 

 

Lytta Basset, Ce lien qui ne meurt jamais

 

 

 

 

 

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12 août 2015 3 12 /08 /août /2015 08:41

 

 

 

 

Perdre tous ses repères et découvrir, au moment des épreuves les plus rudes, que nous sommes la Vie et goûter, parfois pour la première fois, cette nouvelle naissance.

 

"Celui qui n'est pas né une deuxième fois de son vivant, celui là n'entrera pas au royaume de mon père".

 

Joli partage entre Isabelle Padovani et cette personne qui questionne sa vie, dans la rencontre de leurs parties divine et humaine, qui toutes deux peuvent mesurer l'intensité de l'expérience et de l'accouchement qui est entrain d'avoir lieu au coeur de l'épreuve.

 

MT

 

 

 

 

 

 

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5 août 2015 3 05 /08 /août /2015 19:52

 

 

 

 

"Tout ce qui est vu est sauvé"....

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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30 juillet 2015 4 30 /07 /juillet /2015 20:32
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23 juillet 2015 4 23 /07 /juillet /2015 19:59

 

 

Une interview de Byron Katie qui nous guide pas à pas dans le Travail ( The Work). Cette méthode révolutionnaire d'investigation des pensées permet d'aimer tout ce qui se manifeste dans notre vie.

Grâce au 4 questions et au retournement, nous trouvons notre propre ordonnance du bonheur. Nous comprenons comment mettre fin à la guerre avec nous mêmes.

Une vidéo simple et explicite pour mieux connaître et pratiquer The Work.


Réalisée par Brigitte Kirkorian Garcia pour Brideva.blogspot.com

 http://brideva.blogspot.fr/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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22 juillet 2015 3 22 /07 /juillet /2015 09:52

En 2006 déjà, l'émission "ça se discute" abordait le thème des maladies "invisibles", et une personne atteinte de la maladie de Lyme témoignait de ses souffrances, tant physiques que psychologiques.

Cette maladie détruit souvent la vie des gens, non seulement par l'impuissance dans laquelle ils sont mis physiquement par des symptômes très invalidants et violents quant au niveau de la douleur, mais surtout par l'absence de compassion, de soutien, et la façon dont la plupart des gens tiennent ces malades pour des hypochondriaques, des affabulateurs ou des personnes se laissant aller, voire des personnes dignes d'aller en psychiatrie.

Il est vraiment temps, et pas seulement pour la maladie de Lyme, que le regard de chacun change sur la maladie, et plus généralement sur la souffrance.

Pour cela, encore faut-il se sonder soi-même, connaître son propre rapport à la maladie ou la mort, et avoir fait suffisamment retour sur soi pour contacter ses émotions, ses peurs, sa propre souffrance, afin de ne pas avoir peur de celles des autres.

Le déni de la maladie des autres ou de la souffrance des autres, n'est que le reflet du propre déni que ces personnes ont pour leur souffrance personnelle, qu'elles n'ont pas encore contacté ou accueilli.

Et le monde, comme chacun d'entre nous, a besoin d'accueil et d'empathie, afin de transmuter toute cette souffrance qui vient de si loin et dont nous sommes, chacun à notre niveau, les héritiers.

 

MT

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21 juillet 2015 2 21 /07 /juillet /2015 20:31
Laisser mourir de soif un arbre

 

 

Peut-on laisser mourir de soif un arbre ?

Jusqu’où vont la folie et l’irresponsabilité des Hommes ?

Dans le jardin de mon immeuble, trône un cerisier du Japon.

Un de ces êtres de la nature qui offre tout au long des saisons sa présence, sa beauté, ses rythmes, ses fleurs magnifiques et éphémères.

 

Cet arbre a nourri mon cœur, il m’a aidé à vivre, à traverser des épreuves dures, des blessures profondes, il a enchanté mon regard et m’a permis d’être dans la gratitude de la Vie, simplement parce que chaque matin il était là, devant ma fenêtre, comme un cadeau renouvelé.

 

Alors quand je vois que depuis l’été ce jardin n’est pas arrosé, que cet arbre dépérit, que toutes ses feuilles sont grillées, et que j’apprends que c’est « parce qu’il n’y a plus de programmateur d’arrosage »…. je suis triste et en colère.

 

J’ai proposé d’aller l’arroser, « mais je crois que vous ne comprenez pas » me répond le gardien…

Bin si… jusque là, je pense que mes neurones arrivent à suivre... « programmateur », ça veut dire « arrosage programmé » pour un tuyau qui amène de l’eau… mais le tuyau, y’a bien un robinet au bout ? et le robinet un être humain peut le tourner non ?? on peut aussi remplir des sceaux quelque part et les déverser au pied de l’arbre ?

Je me suis excusée d’être trop bête pour comprendre ce si complexe problème qui visiblement échappe aussi à la copropriété, au syndic, et aux habitants de cet immeuble …

 

Qu’est-ce qui, aujourd’hui, empêche des êtres humains de répondre à la nécessité du présent, quand cela se passe juste en bas de chez eux ?

 

Il y a 7 étages à cet immeuble, avec environ 5 appartements par étage. Ce qui fait un sacré potentiel pour résoudre un problème de ce genre et faire en sorte de donner quelque minutes de son précieux temps pour compenser les défaillances provisoires d’un arrosage …

 

Mais plus personne n’est concerné par rien, car tout est géré « à l’extérieur », à l’image de notre société où nous avons remis notre pouvoir à des institutions, des hommes de pouvoir, des organisations, des syndics, et tant d’autres structures que nous payons au prix fort, pour ne plus se soucier de rien et vaquer, légers, à nos occupations égocentrées.

 

Alors voilà comment une vie collective peut se déresponsabiliser, parce que plus rien ne passe par les individus mais par des sociétés de gestion.

 

Aujourd’hui, il y a trois ouvriers qui sont venus « nettoyer » le jardin. Ils ont arraché tout le lierre qui courrait sur la façade d’une maison voisine, retirant ainsi une verdure où les merles venaient si souvent (ah, c’est beaucoup plus propre hein m’a dit une des personnes, comme si la propreté avait quelque chose à voir avec la Nature…), ils ont coupé à la tronçonneuse des branches par-ci par-là (mes dents grinçaient en pensant à ces nouvelles « méthodes » de taille qui abîment tant les végétaux), et surtout, ils ont « aspiré » longuement, avec un aspirateur hyperbruyant et polluant toutes les feuilles du jardin (comme ça la terre pourra encore moins garder l’humidité dont elle a tant besoin) et bien sûr… ils n’ont pas arrosé.

 

Voilà comment nous sommes arrivés à un monde schizophrène, où les problèmes et les solutions sont sur des voies parallèles qui ne se rejoignent plus.

 

Un soir qu’il pleuvait, j’ai pleuré de bonheur pour mon cerisier, même si cette pluie de courte durée n’était pour lui qu’un simple apéritif.

 

Et je prie chaque jour, pour que la pluie le secourt, pour que la force de la Terre le soutienne et le garde en vie, pour qu’il dure sans souffrance fatale jusqu’à la fin de l’été où enfin il profitera d’un peu de fraîcheur.

Et je prie pour le revoir fleurir le printemps prochain. Car s'il meurt... je ne veux même pas y penser...

 

Quand comprendrons-nous que la nature nous soutient? Que si un arbre meurt, je meurs aussi un peu?  

 

Nous sommes les gardiens de la Terre… et la Terre est parfois juste en bas de chez nous.

Pas la peine de penser à des horizons lointains, à des contrées inaccessibles. C’est là, à côté de chez nous, que chaque jour nous pouvons changer notre regard et avoir envie de prendre soin.

 

Car chaque fois que naît cet élan de prendre soin, nous faisons un pas vers la douceur, un pas vers le cœur, un pas vers des retrouvailles avec nous-mêmes et avec cette Terre qui nous porte si généreusement.

 

MT

 

Laisser mourir de soif un arbre
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19 juillet 2015 7 19 /07 /juillet /2015 13:19
Nahimana * ~ Peinture d'Holly Sierra

Nahimana * ~ Peinture d'Holly Sierra

 

Dites-moi qui je suis si je ne suis pas la Terre. Si mon corps n’est pas territoire. Si le territoire n’est pas mon corps. Dites-moi qui je suis si je n’ai pas la Terre. Si mon corps n’est pas l’instrument du territoire. Si le territoire n’a pas d’accords. Dites-moi qui je suis si je suis pas le poème de la Terre. Si mon corps n’a pas de mots. Si le territoire a dû être forcé de se taire.

 

Dites-moi qui je suis si je n’ai pas la voix de la Terre. Si mon corps n’émet plus aucun bruit. Si le territoire ne peut plus chanter. Dites-moi qui je suis si je ne suis pas le chant de la Terre. Si mon corps n’a aucune vibration. Si le territoire n’émet plus aucun son. Autre celui des machines et des barrages et des mines et du pétrole qui coule sur mon corps.

 

«Kashikat, je sais que mon corps est la Terre de mes enfants à venir.» Joséphine Bacon

 

Natasha Kanapé Fontaine

 

 

 

 

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18 juillet 2015 6 18 /07 /juillet /2015 12:57

 

 

Blessed we are to dance on this ground

with the rhythm of saints to carry the sound

We hold a prayer for the Earth for the ones yet to come,

May you walk in beauty and remember your song.

Remember why you came here

Remember your life is sacred.

Remember why you came here

Remember all life is sacred.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Mon propre chemin n'est qu'un zig-zag en dehors des autoroutes et je n'ai pas encore épuisé tous les chemins de traverse...
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Michèle Théron, praticienne de santé naturopathe, femme en chemin, je vous partage sur ce blog des articles, de la poésie, des photos créés par moi, et les citations, articles, vidéos qui nourrissent mon chemin et m'inspirent.

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