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6 décembre 2011 2 06 /12 /décembre /2011 15:06




 

 




Exposition photos dans les locaux de Ethiea Gestion,

du lundi au vendredi de 9 h30 à 17 h 

 

jusqu'au 2 janvier 2012

 

 

 

 

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30 juin 2011 4 30 /06 /juin /2011 22:10

 

 

 

Hier j’ai bouclé une valise. Sans prendre la fuite. Calmement. Pour changer d’air. Marcher. Sortir de ma torpeur et de l’engluement, remettre un pied devant l’autre. Ne voir que la couleur de l’herbe et vider ma tête.

 

Le pull bleu en coton ou le sweat noir délavé devenu un vrai doudou ? Mes mains traînaient entre les piles de linge, soulevant les tee-shirts pliés de travers, pour extirper le pull et le sweat. Les deux, c’est mieux. Je n’ai jamais su choisir.

 

Depuis, tous les jours, je marche. Je marche sans penser, avec sous mes paupières toutes mes pensées qui cognent pareilles à des grelots mis en sourdine.

Le premier bonheur du matin, c’est d’être séparée de l’horizon. Tout devient loin et inaccessible, l’espace offre au corps le désir en cadeau. Dehors, comme une volière, est empli du chant des oiseaux. Pressées entre les doigts invisibles du vent, les odeurs éclatent, d’abord de mousse, puis de bois mouillé, enfin de terre fermentée. Posé sur mes épaules, le ciel prend des allures de canal serpentant entre la cime des arbres. Je marche et fends de mon corps la forêt qui frissonne comme une amoureuse. Sous mes pas tremble la terre. Il faut que je lui parle, que je l’apprivoise de mes pieds qui violent parfois sa peau, mais qui sans relâche la domptent, l’appellent afin qu’elle engloutisse ma vie ancienne et perdue. J’avance, habitée d’un voyage sans destination qui guide mes pas dans un tracé inconnu, malgré le chemin si bien dessiné devant moi. Je marche le cœur léger, affamé d’une faim ancienne au goût de fruits inconnus. Faim qui s’ouvre en un trou immense, empli du désir violent et charnel de retrouver la terre, mère adorée et oubliée par trop d’absences, trop de diversions. C’est un chêne qui, tenu dans le creux de mes bras, m’a ouvert le cœur. Je lui ai répondu avec mes larmes, sans comprendre la réponse qu’il offrait à mon chagrin.

 

J’ai même choisi une nuit pour marcher encore, m’enfoncer dans le noir mystérieux de la forêt où les arbres, sur le bord du chemin, veillent comme des sentinelles sombres et ébouriffées. Les cailloux roulent sous mes chaussures, les branches craquent sous le poids de mon corps et les feuillages devenus vivants propagent une rumeur qui avance au même rythme que moi, écho étrange de mes peurs, vibration mystérieuse qui chuchote un langage indéchiffrable. J’ai connu toutes les lueurs, de la plus claire offerte par un ciel encore large, à la plus sombre donnée par les arbres qui penchent leurs cimes à l’extrême, fermant la forêt comme un écrin.

 

Le noir devient alors une matière épaisse à fendre du regard, et les yeux impuissants scrutent un chemin transformé en long tunnel opaque, sans aucune clarté, désormais invisible. Il faut juste écouter, étirer mes sens à l’infini pour tenter de rester debout, ne pas perdre le fil du chemin devenu imperceptible. Et dans ce noir silence, ne résonnent que quelques perceptions nocturnes, amplifiées ou atrophiées. Respiration comme un râle doux, semelles qui écrasent l’humus et font gémir la terre, bras qui se balancent en cadence le long du corps, vêtements qui bruissent dans le mouvement régulier des pas. A gauche, le hululement d’un oiseau réfugié dans l’enfourchure d’un arbre, à droite, un autre qui lui répond. Au sol, une vague avance, froisse les feuilles, s’amplifie de toutes parts telle une marée invisible.

 

Elle s’approche, inquiétante, impossible à deviner. Est-ce une biche ? Un sanglier ? Ou même autre chose, de celles auxquelles on ne s’attend pas, tant on est aveugle et démuni ? Le cœur bat, prisonnier de la respiration qui s’immobilise, le corps en suspens. L’attente semble interminable. Le bruit avance, s’élargit comme une menace. Quelque chose va surgir. Mais quoi ? Et enfin l’œil perçoit les petits corps qui furètent dans le creux du fossé. Une famille de blaireaux effarouchés s’enfuit et fait demi-tour. La peur dégonfle, le souffle reprend et la rencontre prend des allures de cadeau.

Je repars, sourire aux lèvres, cherchant encore à savoir qui a eu le plus peur, et j’écoute les bruits semés dans la nuit par les habitants de la forêt comme autant de cailloux blancs laissés par un Petit Poucet invisible et bienveillant.

 

Par intermittence, le ciel à nouveau, déchiré par les branches hirsutes semblant monstrueuses, lâche son halo sur le chemin comme un graffiti phosphorescent. Moment étrange où le corps, redevenu visible, s’échappe du noir, semblant émerger du néant pour être à nouveau mis au monde.

 

Au bout du chemin, le corps, lourd de fatigue, reçoit sa bénédiction. L’eau d’un étang et le ciel, en ouverture, lâchent leur clarté mordorée que la nuit diffuse alentours. Temps de calme immobile où le vent, imperceptiblement, pousse l’eau en milles vaguelettes venant mourir à mes pieds.

 

De pas en pas, les chemins m’ont pris toutes mes pensées. Ils ont avalé les ressassements qui se bousculaient dans ma tête, pour les remettre à la terre, les digérer.

Mais une à une, toutes les nuits qui passent me les rendent. Les yeux grands ouverts fixés sur le ciel, je scrute les étoiles et les nuages qui courent sur la voie lactée et me jettent mon passé à la tête.

 

Je compte les étoiles comme on compte les moutons, et au petit matin, je m’endors, encore étendue dans les paumes de la nuit.

 

 

06 - M.T. ©

 

 

 

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10 avril 2011 7 10 /04 /avril /2011 22:01

 

 

 

 

Tous ces visages,

 

Tous ces yeux,

 

Toutes ces bouches,

 

Tous ces mots,

 

Flottant comme feuilles mortes,

 

Sur l'onde molle des écrans,

 

Accessibles au regard,

 

Seulement au regard...,

 

Prisonniers virtuels d'une toile

 

Où tout se croise,

 

Tout se décroise,

 

Sans jamais se toucher vraiment...

 

Et le coeur ?

 

Et la traversée des regards?

 

Et la chair?

 

Et le feu?

 

 

  M.T. ©

 

 

 

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2 avril 2011 6 02 /04 /avril /2011 11:51

 

Au coeur de nos cellules,
dans le creux de notre main,
dans le ciel élargi,
dans la mer infini,
dans notre corps qui pulse,
au plus loin de notre regard, 
s'allume à chaque seconde
la lumière de la vie 
petite poussière d'étoile
que nous semons
comme autant de graines d'amour.

 

 

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30 mars 2011 3 30 /03 /mars /2011 13:06

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Tu t’es assis devant moi,

Calmement

Tu as posé les mains sur tes genoux,

Silencieux,

Et tu m’as regardée.

 

Ton regard était lourd et perçant

Ton menton fier

Ton corps d’une présence implacable

Ton nom d’âme flottait tel un étendard

Et tes yeux regardaient si loin

Loin en moi et loin au-delà de moi…

 

Tu me regardais

De ces yeux habités d’espaces oubliés

De ces yeux voyageurs d’autres mondes

De ses yeux emplis de souvenirs vastes et profus,

Et je t’ai regardé.

 

Dans tes yeux

J’ai vu notre Mère assassinée

Dévorée par des chacals affamés

Dont je me suis faite complice

J’ai vu les loups hurlant la mort

Sous une lune blême

J’ai vu les arbres de tes plaines anciennes

Penchés lourdement sur des asphaltes charbonneux

Pleurant leurs larmes de chlorophylle.

 

Dans tes yeux,

J’ai vu ta liberté et tes horizons

Saccagés par mon pouvoir et mes prétentions

J’ai vu tes rêves bleus et hauts

Jamais invités dans les miens

J’ai vu tes feux sacrés

Transformés en brasiers assassins et mordants

J’ai vu tes rivières claires

Chargées et épuisées de courir

Dans les veines de la terre,

J’ai vu tes loups aux yeux dorés

Tirés comme des lapins par mes fusils,

J’ai même entendu leurs râles

Déchirant mon sommeil.

 

Dans tes yeux,

J’ai vu toutes mes folies,

J’ai vu comment un seul atome

Pouvait épouser Thanatos

Et en une heure seulement

Faire de toi et de moi

Des fantômes impuissants

Prêts à se désagréger jusqu’à l’oubli

Sous les rais invisibles et mortels

D’une lumière froide.

 

Dans tes yeux

J’ai vu toutes mes lâchetés,

Toutes mes bassesses,

Tous mes aveuglements,

Toutes mes mutineries

Contre la seule et éternelle loi

Celle de l’amour.

 

Dans tes yeux,

J’ai vu ma défaite humiliante…

 

Et toi tu me regardes

Impassible, sauvage et libre

De ce regard terrible qui ne dit rien

Mais m’oblige à tout voir.

 

 

MT 28.3.11 ©

 

 

 

 

 

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17 mars 2011 4 17 /03 /mars /2011 20:02

 

 

 

 

 

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Enfant,

Ma douceur

Mon âme renouvelée

Mon perpétuel engendrement

Mes yeux ouverts et neufs

Mes mains et mon cœur agrandis

De vies en vies

Mon horizon lointain guidant mes pas

Mon herbe verte odorante

Chauffée au soleil

 

Enfant

Mon innocence,

Ma lumière calme et tranquille

Ma bouche silencieuse et parlante

Ma tendresse et mon abandon

Mon éternelle création

Comme autant de matins nouveaux

 

Mon enfant

Je te regarde émue

Et je cherche à savoir

Si demain portera dans son sein

Une terre accueillante et fertile

Pour t’aimer avec la puissance d’un fleuve

Et te laisser grandir en liberté.

 

M.T. ©











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25 décembre 2010 6 25 /12 /décembre /2010 21:37

s'il ne restait rien,
rien à faire,
rien à dire
rien à attendre,
s'il ne restait
qu'une seconde, qu'un instant fugace
pour contempler la terre
pour écouter le vent
pour goûter aux fruits doux


s'il ne restait qu'une nuit,
me faudrait-il dormir
ou bien accrocher mon regard aux étoiles
baigner mon corps
sous la lumière de la lune
écouter la chouette
et le bruissement d'une aile
capter dans le noir
les signes de la vie qui s'agite
alors que les hommes dorment
enroulés dans de sombres rêves
écartelés par des destins tourmentés?
Je retiendrai mon souffle
pour sentir l'air vibrer tout autour
je collerai mon regard aux ténèbres
car je le sais,
dans le noir le mystère est phosphorescent


s'il ne restait qu'un seul matin,
pour ouvrir les yeux,
pour traverser la transparence du monde
pour boire toute la lumière offerte
alors, il ne resterait plus
qu'à compter toutes les grâces reçues
qu'à s'abreuver encore de celles qui s'offrent
dans l'instant dénudé,
dans la seconde fulgurante
dans le matin unique et définitif
pour faire briller l'âme
et chanter le coeur.

 

M.T.  ©

 

 

 

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9 décembre 2010 4 09 /12 /décembre /2010 17:15
Monde barbare - Michèle Théron

 

 

 

je regarde le monde barbare et sauvage,

j'écoute les lois, les paroles et les mensonges assassins

je laisse mes yeux filer sur l'asphalte gris des villes

cette suie charbonneuse qui aspire le pas des passants oublieux

transformés en ombres mouvantes réduites au silence

 

je regarde ce monde noir et défait

cet amalgame de plombs et de métaux vils

où les bourreaux parlent haut

où l'indécence est de mise

portée comme un fourreau de paillettes

qui éclabousse obstinément les regards éventrés par la peur

 

j'écoute les plaintes animales des hommes

couchés à terre par la violence et la haine

j'écoute les cris laissés dans l'air

comme des cerfs-volants déchirés par le vent

j'entends un brouhaha confus et strident

qui résonne à fendre le coeur

 

mais dans cette nuit réelle et illusoire

au milieu de la foule, j'ai tourné la tête doucement

attirée comme le papillon vers la lumière

par le regard noir et brillant d'un enfant

sa peau est dorée comme les caramels sucrés

sa chair est souple comme la bonté des matins

ses cheveux bleus de jais ressemblent

aux ailes fines des corneilles ambassadrices

et ses yeux parlent comme la terre parle

d'amour et de confiance

de joie et de vie

d'espérance et d'aubes éclatantes

d'or pur qui pétille

comme ses rires dont il éclabousse la nuit

et comme ses pleurs dont chaque goutte

implore d'ouvrir nos coeurs emmurés

 

dans l'éclat de ses yeux il y a des pépites d'eau

venues du fond des océans et des secrets du ciel

et cette phosphorescence éclaire le monde barbare et sauvage

accuse de sa lumière implacable les bourreaux

qui guillotinent la vie à coups de magie mensongère.

 

je regardais le monde, barbare et sauvage,

et dans la nuit noire et défaite

je me suis mise à désirer sans retenue

comme une faim de caramels

cette innocence enfantine et vulnérable

pareille à une lanterne tremblante

pouvant ensemencer d'amour le monde

avec la douceur d'un encensoir

diffusant ses effluves. ©                                      

 

MT

 

 

 

 

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7 décembre 2010 2 07 /12 /décembre /2010 17:04
Le monde en ruine - Michèle Théron

 

 

 

Sur l’écran où bougent les images qui parlent du monde, s’avance dans les décombres un homme portant un nouveau-né au regard noir, déjà empli de colère. L’enfant muet de stupeur, anéanti sous le bruit des bombes, envoie pourtant son message. Ses mots résonnent d’une voix vibrante qui se perd dans les lendemains meurtris fermés à l’espoir.

Je l’ai entendu crier, lancer sa plainte, raconter son histoire déjà écrite au fond de ses yeux.

 

 

 

Je suis né dans un lit de ruines, avec des bruit de pas crissant dans les décombres, des voix criant le désespoir et la panique, sous un ciel encombré de lourdes fumées cachant un soleil illusoire. Des bottes lourdes martèlent le sol qui tremble et se dérobe, me laissant tel un esquif renversé. Dans le creux de mon oreille, à peine audible et pourtant terrifiant, le souffle d'une femme luttant pour moi, implorant le ciel pour pouvoir continuer à m'aimer, suppliant la mort pour qu'elle m'épargne et laisse vivre sa chair de femme en moi.

 

Son haleine était douce et acide, mélangée au sang qui coulait de ses blessures et vidait doucement le centre de sa vie. Elle murmurait mon nom, elle m'appelait comme un recours et tentait de laisser en moi la trace d'un dernier baiser fait d'amour et de tristesse. Mon nom résonnait tel un adieu, il s'épuisait entre ses lèvres bleuies, et bientôt, je n'ai plus rien entendu qu'un silence sonore comme une déflagration, empli de bruits enchevêtrés que les battements de mon cœur recouvraient.

 

Dehors était immense et incertain, comme une nuit laissée dans le jour qui ne pouvait plus poindre. Mon corps respirant à peine tanguait dans l'air épais qui flottait comme un étendard au-dessus du fracas jeté sur nos vies. Pendant une éternité, je suis resté loin du monde, oublié et perdu pour le regard des hommes, étrange vie humaine laissée là comme une graine grillée par le feu dans ce présent fracassé. Loin de tout, déjà ailleurs, j'étais ici et partout, m'accrochant aux âmes qui s'en allaient, revenant vers celles qui pleuraient bruyamment, courrant derrière celles qui s'enfuyaient en hurlant.

 

Un homme courrait, m'emportant dans ses bras crispés de désarroi. Je sentais l'odeur de sa sueur chaude et collante. Imbibée de peur, elle enveloppait le temps autour de moi, laissant pour toujours dans ma mémoire la trace âcre d'un parfum indélébile.

Comme couverture, je n'ai que des langes ensanglantés qui gardent en relique le sang de ma mère, laissé sur moi comme une offrande dans un dernier élan pour protéger ma chair.

Autour de moi, en guise de barreaux pour mon berceau, les pleurs des survivants, solides et froids comme des fusils dressés qui ne cessent d'épancher leur mitraille. Barreaux qui coupent et rythment mes heures et me protègent à jamais de l'amour du monde dessiné comme un mirage.

 

Pour toute comptine, les voix graves des hommes hurlant et réclamant leur vengeance promise comme un futur de réjouissances, où la haine remplacera le pardon et l'oubli dans les cœurs meurtris.

Pour apprendre à marcher, le chaos des ruines, les murs en morceaux des maisons qui tardent à s'élever à nouveau vers le ciel, les arbres brûlés couchés sur le sol, l'horizon découpé de lignes brisées et les routes qui vont toutes vers des tombes fraîches où les morts ne se reposent pas mais continuent à gémir.

 

Pour jouer, des objets qui parlent de la guerre, des balles perdues enfouies dans la poussière qui roulent sous les pieds, des fusils en bois sculptés patiemment comme des talismans, puis de vrais fusils qui feront de moi un homme.

 

Pour grandir, les années promises confisquées par l'enfance kidnappée, par les blessures qui ne cicatrisent jamais, par la peur qui mange le futur, par l'oubli de soi et de la beauté du monde. Dans une valise, quelques morceaux de trésors, papiers jaunis, photos déchirées, reliques poussiéreuses, bagage léger qui parle avec lourdeur d'un passé révolu, d'un autrefois plein et joyeux où la vie avait un sens, où les rires circulaient dans les rues, où les fenêtres s'ouvraient largement sur les collines verdoyantes à la terre odorante.

 

Mais aujourd'hui, pour penser le monde, autour de moi à perte de vue, la misère et la désolation érigées en vérités inébranlables, les maisons béantes avec leurs murs qui crient encore, la terre sèche et aride où rien ne pousse, sauf le désir pâle de richesses que les rêves emportent au-delà des frontières. Devant moi, les hommes qui façonnent le monde à l'image de leurs souffrances, qui couvent leur vengeance en planifiant demain comme un champ de bataille où tout sera détruit et à refaire sans cesse.

 

Pour bâtir demain, le souvenir de la mort qui frappait avec ses yeux d'aveugle, la mort qui ne m'a pas quitté, en compagne fidèle et rancunière, la mort, cette voleuse d'âme qui regarde les vivants droit dans les yeux, avec cette violence doucereuse qui enjôle, fascine, séduit les hommes qui en feront leur maîtresse éternelle. Mais qu'il est difficile d'afficher cette maîtresse exigeante, à la robe noire et vaste qui cache si bien les mensonges inconscients enfouis dans mon cœur ! Alors pour la haïr avec hypocrisie, je l'ai travestie du visage d'hommes et de femmes inconnus pour mieux donner sens à l'inacceptable.

 

J'ai grandi dans une ville de ruines, où flottait, presque écœurant, le parfum de ma mère emportée par la mort. La douceur était à jamais partie avec elle, ne restait plus que la violence poussant sur les chemins comme la mauvaise herbe.

 

Ce monde ne m'a pas vu naître. Moi, debout au milieu des ruines, je l'ai vu en pleine lumière, avec son chaos comme une onde dépassant les frontières, avec son vacarme et ses guerres pillant les vies des faibles au profit des puissants, avec ses années décharnées s'écoulant comme des plaies, avec ses heures ravagées où rien ne pouvait plus fleurir à l'intérieur des cœurs malades.

 

Ce monde ne m'a pas vu naître. Occupé à jouir du pouvoir, il ne s'est pas penché sur mon berceau, là où dormaient les promesses de paix pour demain.

Incapable d'être un enfant empli du bonheur de vivre, je suis un adulte malade de mon enfance assassinée, errant dans les ruines de mon âme, m'accrochant à la violence héritée comme une évidence et une fatalité.

Je suis né dans un lit de ruines, convaincu de mourir dans un lit de ruines plus vaste encore, tant la douceur depuis longtemps ne m'a plus visité.

 

A quand remonte la dernière fois où j'ai senti le parfum d'une rose?

  

Depuis quand n'ai-je pas contemplé le soleil pénétrant doucement le sable de l'horizon?

 

Je ne me souviens pas avoir senti le vent caresser mes joues.

 

Je n'ai jamais pris le temps de laisser mes pieds écraser la rosée dans les heures fraîches du jour.

 

Je n'ai jamais marché lentement sur un chemin, l'âme ensoleillée par le bonheur d'être en paix.

 

Comment pourrais-je alors abandonner la violence et la souffrance, plantées en moi comme des certitudes inamovibles, et m’approcher d’un ailleurs inconnu ?

  

Et d'où viendrait cette douceur rédemptrice, avec son visage de femme plus forte que la mort, pour m'ouvrir ses bras et dissoudre les ténèbres?

 

 

 

Dans le soir qui étalait ses ailes sur le monde, l’enfant au regard noir me scrutait dans la nuit silencieuse. La lune brillait de sa lumière douce versée sur la terre comme un leurre masquant les passions. Dans l’ombre des arbres, les yeux de l’enfant perçaient sans relâche les ténèbres de leur éclat sombre, avides de trouver l’étincelle qui guérirait les hommes.

 

Dehors, chuchotant entre eux, les arbres parlaient d’amour . ©

.

 

M.T.

 

 

 

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Auteur - Photographe

Michèle Théron, praticienne de santé naturopathe, femme en chemin, je vous partage sur ce blog des articles, de la poésie, des photos créés par moi, et les citations, articles, vidéos qui nourrissent mon chemin et m'inspirent.

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