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21 mai 2016 6 21 /05 /mai /2016 19:40

 

 

Une expérience et un discours d'une dimension incroyable...

 

Et l'application d'un thème qui m'est cher et me questionne beaucoup : "si la spiritualité ne se vit pas au quotidien dans nos relations avec nos proches dans les petits gestes qui font la vie, et avec nos proches - c'est à dire le royaume des siens, et pas un ailleurs, pas dans un "trip"- et bien ça ne sert à rien.... ce sont des mots. La spiritualité c'est insuffler un geste de vie dans tous nos gestes quotidiens, avec les gens, là où ils sont, pour leur amener un petit bonheur de plus ".

 

Une invitation à être un "ouvreur de coeur".... quel programme !

 

 

MT

 

 

 

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18 mai 2016 3 18 /05 /mai /2016 20:00

 

 

"La connaissance intellectuelle, même si elle peut être utile à un moment donné, ne constituera jamais une preuve suffisante.
Elle doit être lâchée au profit de la connaissance directe. Cette dernière ne laisse aucun doute sur la réalité de Ce qui Est.
Elle seule est Réalisation."

 

 

 

 

 

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12 mai 2016 4 12 /05 /mai /2016 18:52
Guérison des blessures du passé et paix intérieure - Isabelle Padovani

 

 

 

 

 

 

Pour être en paix il faut que notre présent redevienne un cadeau. Mais le présent ne peut pas être un cadeau quand le passé n'est pas un cadeau.

 

Ainsi, toutes les injonctions telles « il faut vivre dans l'instant », « le passé n’existe pas »,  que l'on entend ou lit à tout venant, peuvent être une violence supplémentaire, car même si nous en avons l'intention, nous faisons le constat qu’il est difficile d’être dans la conscience pure de l’ici et maintenant à causes de ces parts blessées qui nous tiennent dans le passé.

Il faut déjà trouver le moyen de guérir ces blessures, et cela ne se fait pas d'un coup de baguette magique. Il ne suffit pas de connaître ses blessures, il faut pouvoir, petit à petit, s'approcher de la source, accueillir ce qui n'a pas été accueilli et entendre ce qu’elles ont à dire. Cela prend du temps, de la patience et de la tendresse pour soi, ce qui est l'inverse de ce que l'on s'entend dire ou que des voix en nous se disent, à savoir qu'on devrait déjà avoir tourné la page, "qu'il faudrait", "qu'il n'y a qu'à", "qu'il suffit de", ... toutes ces injonctions qui répriment ce qui se passe réellement en nous.

 

 

Or il ne s'agit pas de réprimer, mais de rencontrer.

 

 

Comme Isabelle Padovani le précise dans cette vidéo, la notion de "parts" agissantes en soi est une vision très salvatrice. Pour ma part (et pour plusieurs parts en moi !!!), c'est quelque chose qui a été très déculpabilisant et qui continue à m'aider lorsque j'entends des phrases stimulantes comme quoi "j'ai" attiré telle personne ou telle situation, "j'ai" cherché, voulu ça ou ça... Mon dieu non, "JE" n'ai rien voulu, mais des parts blessées en moi ont créé des circonstances qui ont permis cela.

Cette vision ne retire rien à la responsabilité de prendre soin de ces blessures, mais franchement, lorsque l'on est assailli par la souffrance, qu'une blessure est profondément réactivée, je ne crois pas que ce soit facilitant, aidant ou guérisseur, de s'entendre dire que nous avons "choisi" notre agression !

Après, si l'on est dans la croyance que nous venons sur terre pour réactiver des choses à guérir, soit, mais en aucun cas cela justifie de se servir de cette croyance pour nier la souffrance qui traverse une personne et ainsi zapper tranquillement l'empathie ou l'accueil que réclamerait une situation souffrante.

 

 

J'ai oublié aussi le sempiternel "ton épreuve est un vrai cadeau", histoire d'entretenir en soi une part masochiste et d'inverser le sens des mots. Non seulement -dans la grande diversité d'expériences que la vie propose- on se choisit une bonne sale expérience qui nous fait bien souffrir, et en plus il faut appeler ça un cadeau..

Le cadeau, à mon sens, ce n'est aucunement l'expérience traumatisante, mais c'est ce que nous en faisons, avec notre force de transformation. Il y a des personnes qui ne peuvent pas transformer ce qui leur arrive et restent bloquées dans le passé, et rien ne deviendra un cadeau.

Par contre, si nous arrivons à guérir de nos blessures, la personne que nous serons alors devenue pourra regarder tout le chemin qu'elle a parcouru et voir le cadeau que elle s'est offert, en allant à la rencontre de son histoire. Le cadeau, c'est nous-mêmes.

Ainsi, pour moi le cadeau ne n'est pas le traumatisme, mais le chemin que nous choisissons d'emprunter pour guérir et grandir. Il ne se reçoit donc qu'à la fin du processus.  Cela n'a aucun sens de dire à quelqu'un en souffrance que ce qu'il vit est un cadeau, alors que ce n'est qu'un poison qui nécessitera du temps pour être transformé en élixir.

 

 

A force de concepts, on finit par nier l'humain, et sur le chemin dit "spirituel", beaucoup s'égarent dans ces réponses toutes faites. Quand j'entends une jeune femme me dire : "mais tu sais très bien que même une femme violée n'est pas victime", je me demande à partir d'où elle s'exprime, quelle expérience elle a vraiment de la vie, quel accueil elle s'accorde pour ses parts blessées, et je présuppose qu'elle n'a visiblement jamais été violée pour faire un raccourci aussi rapide dans la souffrance humaine et pour m'expliquer que je n'ai aucune raison de souffrir d'un problème qui n'a d'ailleurs rien à voir avec son exemple.

 

Je reste infiniment convaincue, même si parfois impuissante, que ce n'est pas dans la répression que l'on guérit (puisque c'est la répression qui le plus souvent a causé nos blessures), mais dans l'accueil et la restauration du lien à nous-mêmes. Et se restaurer, ce n'est sûrement pas s'ajouter des couches, ajouter de la violence à la violence, continuer à se persécuter avec des "tu as choisi" ce qui t'arrive.

 

 

Comme l'explique souvent Isabelle Padovani, lorsque nous sommes agis par notre blessure, nous sommes dépassés et impuissants (je rapelle ici les trois critères d'une blessure du passé : surintensité, prédictibilité, impuissance). Nous sommes dans une zone où nous n'avons aucun contrôle sur ce qui nous traverse avec force. Alors imaginez l'impact de toutes ces phrases d'évaluation, de jugements, d'interprétation, toutes ces injonctions nous intimant l'ordre soit de passer outre ce qui nous traverse, soit de ne pas nous plaindre puisque "nous l'avons choisi"...

 

 

Goûter à la paix intérieure n'est pas un état permanent. La Vie nous traverse à chaque instant, et à chaque instant la surface de notre lac intérieur est brouillée par les ondes qui nous atteignent. Reconnaître cela, c’est aussi arrêter de se faire violence en pensant que nous devrions être définitivement libérés des émotions, des blessures, des conflits internes, pour avoir le droit d’exister et d’être heureux.

 

 

Si nous pouvions, comme l’exprime Isabelle Padovani, voir que dans chaque protection, stratégie, « résistance », action, il n’y a « que de l’amour », alors nous pourrions commencer à nous détendre et envisager de regarder autrement nos stratégies -lorsqu’elles sont parfois tellement tragiques- pour les transformer afin qu’elles soient vraiment au service de la Vie et de l’Amour.

 

 

MT

 

 

 

 

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12 mai 2016 4 12 /05 /mai /2016 08:29

 

 

Voici un extrait mis en ligne par Isabelle Padovani, issu des rencontres au coeur du Vivant des 25 et 26 octobre 2014 à Paris auxquelles j'avais assisté. C'est un plaisir de pouvoir sourire à nouveau avec l'art de la kikwinkation, cette "détente du U" qui désacralise le chemin spirituel, mais ne nous en éloigne pas pour autant. Au contraire.

 

MT

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17 avril 2016 7 17 /04 /avril /2016 22:24

 

Percer les apparences... un voyage alchimique pour transformer le plomb en or.

 

"Plus il y a de gens qui croient à la réalité telle qu'elle est, la nôtre, là, rigide avec des barreaux, plus ça devient vrai, plus y'a de gens qui croient à autre chose, plus on crée des ouvertures"

 

"Peut-être que la réalité, c'est une folie que l'on partage".

 

Cette interview est à écouter... lentement ... ou plusieurs fois, car la parole de Patrick Burensteinas est dense et il y a de quoi s'arrêter et méditer sur beaucoup de choses pour permettre à ces idées de pénétrer notre "bulle" et de transformer notre vision...

 

 

MT

 

 

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11 avril 2016 1 11 /04 /avril /2016 23:17
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9 avril 2016 6 09 /04 /avril /2016 21:21

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"Passionnée par le sens caché des mythes et des contes, la conférencière et écrivaine Ode Pactat-Didier nous livre quelques clés pour mieux comprendre la véritable signification de la Belle au Bois Dormant.

 

« Chacun de nous a une belle au bois endormie au fond de lui qu’il s’agit d’éveiller » veut-on nous faire savoir."

 

http://www.rezozen.com/articles/fiche/174/La-metamorphose-dans-les-contes

 

 

 

 

 

 

 

 

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24 mars 2016 4 24 /03 /mars /2016 00:36

 

 

 

Juste écouter, et se laisser toucher....

 

 

 

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23 mars 2016 3 23 /03 /mars /2016 22:36
Fred et Marie - Le décryptage des relations toxiques

 

 

Cette petite vidéo était passé sous mes yeux début 2012 et je l’avais fait suivre à quelques connaissances.

Je la poste aujourd’hui en souhaitant développer certains thèmes de ma réflexion de façon plus étoffée que la compréhension que j’en avais à l’époque.

 

Tout d’abord, cette vidéo a un grand mérite, c’est-à-dire celui de rendre visible, ce qui est invisible aux regards extérieurs.

 

L’extérieur n’a accès à strictement rien de ce qui se joue en interne, ce qui est un peu le propre de l’intime et de tous les grands drames de maltraitance. Les faits-divers sont nombreux où l’on apprend qu’un père séquestrait, violait ou battait ses enfants, et tout le monde dit : « mais pourtant, il était tellement charmant et avait l’air tellement normal » !

 

C’est bien sûr très mal connaître les rouages de la psyché, de l’inconscient et des jeux de rôles qui se jouent dans l’affect. Mais à partir du moment où il existe une nette tendance du plus grand nombre à adhérer à ce qui est visible, aux apparences, et à vouloir protéger sa propre psyché de l’impensable en émettant des jugements et des évaluations toutes faites, sans discernement et sans chercher à comprendre un peu plus loin que ce qui saute aux yeux, il est normal qu’il existe ce grand écart entre la pensée collective et la réalité psychique de ce que vivent les gens.

 

 

De la violence visible à la violence invisible

 

Ainsi en va-t-il de certaines relations dont on commence de plus en plus à parler, celles que l’on nomme « toxiques », « maltraitantes » ou avec un partenaire défini comme « pervers narcissique ».

 

Pourquoi ? Parce que la conscience va souvent du plus évident au plus subtil. Il a été plus aisé de reconnaître à une époque la violence physique (bien que cachée elle aussi), mais qui est quelque chose de manifesté et qui laisse des traces parfois objectivables. Un enfant qui a reçu ne serait-ce que des fessées peut dire, à l’âge adulte : « j’ai été frappé ». Une femme battue peut identifier le coup qu’elle a reçu et son entourage peut même être amené à en voir les traces.

 

Petit à petit, on s’aperçoit qu’au-delà de la violence physique, il existe une violence psychique, un mouvement qui sous-tend ce comportement que l’on commence de plus en plus à décrypter mais qui reste souvent difficile à appréhender voire impossible à détecter pour la plupart des gens, à moins d’avoir été au cœur de l’expérience.

 

Pour Paul-Claude Racamier psychanalyste auteur de « Les perversions narcissiques », « plus le montage pervers est affiné, moins il transparait, et plus il nuit, plus il démonte le moi et les émois de l’autre ».

 

Par ailleurs, à partir du moment où l'on est dans du "familier", il y a des processus de protection et d'alerte qui s'effacent, il y a chez la victime, la proie, l’abusé, une barrière qui ne s’est pas mise en place et qui permet cette intrusion. Mais met-on une barrière contre un parent par exemple ? Le parent est celui qui doit nous apprendre l’intégrité, mais l’enfant ne peut pas la mettre en place si son parent est abuseur et envahisseur, que ce soit physiquement ou psychiquement.

 

Pour comprendre l’impact que cela a et pourquoi les victimes ne peuvent s’extraire facilement, il faut bien admettre et comprendre qu’autre chose est à l’œuvre et se joue en amont, un mouvement psychique qui n’est au premier abord pas visible, pas compréhensible et dont les codes sont hermétiques.

 

Ainsi, dans la relation amoureuse par exemple, il y a des choses qui restent invisibles pour un temps, qui sont même étiquetées autrement par le cerveau, comme « problèmes de couple », « différence de communication », « des problèmes comme tout le monde », des choses « normales » quoi... qui vont s’arranger avec le temps et qui font croire que l'on va pouvoir les transformer par le dialogue, la compréhension et une certaine remise en cause.

 

Or c'est à un tout autre niveau que cela se passe. Et je dirais que ce film, bien que montrant « l'invisible » aux yeux des autres, en le rendant « visible » par des mots ou des situations concrètes, ne peut pas montrer ce qui se joue dans la psyché de l'abuseur ; car cela peut se jouer de façon encore plus subtile, parce que c'est l'inconscient de l'un, qui capte l'inconscient de l'autre et qui « sent » profondément que quelque chose cloche et est à l'œuvre. Et cela prend du temps... et de la souffrance, avant de décrypter et de valider ce qui se passe. Les auteurs spécialistes du sujet parlent d’ailleurs de « glue » dont il est difficile de s'extraire.

 

Les personnes engluées ont du mal à trouver des témoins lucides autour d’elles, non seulement parce que l’abuseur a tous les attributs (extérieurs) de la personne sympathique et dévouée, et parce que elles-mêmes ont du mal à comprendre ce qui leur arrive. Il existe souvent une telle différence entre le personnage extérieur et celui qui est à l’œuvre dans l’intime, que la victime devine ou présuppose que personne ne pourrait comprendre/croire ce qui se passe, et elle finit par s’attribuer le disfonctionnement, au risque de se prendre pour folle. Elle peut donc difficilement transmettre et partager l'enjeu de ce qu'elle vie, sauf de façon anecdotique. Cela se joue dans la double contrainte et l'implicite et la narration du factuel ne suffit pas à traduire cela... puisque bien au-delà du factuel, c’est un problème structurel.

 

 

La double contrainte

 

La double contrainte, dans son aspect le plus toxique, est vraiment un système où le message principal n’est pas perçu ou explicite. On a l’habitude de parler de la double contrainte en citant une anecdote sous forme de petite blague. Une mère offre à son fils deux cravates, une bleue et une rouge. Il va dans sa chambre, en ressort en portant l’une des deux, la bleue par exemple et sa mère lui dit : elle ne te plait pas la rouge ?

 

J’appellerais cela plutôt un langage paradoxal, même si souvent c’est identifié à de la double contrainte. Même s’il y a un énoncé qui implique une contrainte et cette notion de « perdant-perdant » (quelle que soit la solution choisie on ne répond pas à l’attente de l’autre), l’énoncé est identifiable et ne crée pas la même confusion qu’avec un message non-verbal qui fait porter à l’autre quelque chose qui relève de sa propre angoisse, comme l’illustre une étude de cas entre un schizophrène et sa mère relatée par Gregory Bateson. [1]

 

Une situation de double contrainte comprend un certain nombre d'éléments toujours présents qui ont été étudiés par Gregory Bateson. [2]

 

  • Une relation intense dans laquelle il est vital de déterminer avec précision le type de messages communiqués, afin d’y répondre de façon appropriée. La portée pragmatique des doubles liens repose sur le fait qu'ils sont imposés par une personne ou un groupe disposant du pouvoir de contrainte et d'interdire la prise de conscience du caractère logiquement vicieux de l'injonction. C'est d'ailleurs surtout là que réside la perversité de la situation.

 

  • Pour qu'il y ait double contrainte, deux injonctions sont affirmées simultanément, chacune avec un sens qui contredit l'autre.

L'injonction primaire peut par exemple comporter un apprentissage fondé sur l'évitement de la punition "Si tu fais cela, je te punirai".

L'injonction secondaire, contredit la première, souvent à un niveau plus abstrait, mais elle va renforcer l'idée de punition ou émettre certains signaux menaçant la survie.

Elle pourrait s'exprimer par "Ne considère pas cela comme une punition" ou "Ne me ressens pas comme l'agent de la punition".

 

Toute la subtilité de la double contrainte est souvent contenue dans cette deuxième injonction, plus difficile à percevoir parce que la plupart du temps non explicitée. En effet, cette abstraction vient du fait que "elle est transmise à l'enfant par des moyens non verbaux. Attitudes, gestes, ton de la voix, actions significatives, implications cachées dans les commentaires verbaux, tous ces moyens peuvent être utilisés pour véhiculer le message plus abstrait." (*)

 

  • Bateson ajoute à cela une troisième injonction négative qui interdit à la victime d'échapper à la situation. Il précise aussi que par la suite, une fois "l'apprentissage effectué", il suffira de la présence d'un seul des éléments pour déclencher le même effet pathogène.

 

Dans ce type de situation, l'individu impliqué "est incapable de commenter les messages qui lui sont transmis, afin de reconnaître de quel type est celui auquel il doit répondre". Le fait que le sujet se trouve dans une relation intense majore le stress subi.

 

Les injonctions paradoxales entraînent des distorsions sans fin de la capacité à analyser son propre vécu, comme celui des autres.

En effet, si une mère a un comportement d'hostilité quand son enfant s'approche d'elle, mais qu'elle le masque par un comportement simulé d'amour chaque fois que l'enfant répond à son comportement d'hostilité, l'enfant doit systématiquement déformer sa perception des signaux reçus. Si l'enfant distinguait correctement les signaux, "il aurait à affronter le fait que sa mère le rejette tout en essayant de le tromper par un comportement simulant l'affection. Il serait, de la sorte, "puni" pour avoir appris à distinguer correctement les types de message (…). Pour pouvoir survivre avec elle, il doit mal interpréter à la fois ses propres messages intérieurs et ceux des autres."

 

"Quand un individu est pris dans une situation de double contrainte, il réagit comme le schizophrène (…)", autrement dit, il aura des difficultés à identifier ses propres perceptions, à reconnaître et démonter le mode de communication qu'on lui impose au point de ne pas prendre au sérieux ces signaux métacommunicatifs.

 

 

Dans une relation amoureuse par exemple, cela va donner des situations paradoxales qui ne permettent pas de savoir dans quel type de relation on est réellement, des signes ou des mots qui d’un côté disent « je t’aime », et tout un tas de messages subliminaux qui disent le contraire.

 

Comme un ton de mépris, une façon condescendante de parler, des attitudes subtiles de maltraitance, un regard dépourvu de bienveillance, la privation de gestes aimants, la façon de dévaloriser l’autre en ne lui laissant comme espace que des tâches subalternes, s’énerver quand ça ne va pas assez vite, être intolérant à toute frustration et l’évacuer en parlant mal à l’autre, faire des erreurs et les attribuer à l’autre, ne jamais s’excuser, ne jamais faire de compliment et exprimer par le silence sa désapprobation (silhouette, tenue vestimentaire, poids, pouvoir de séduction, etc.).

 

Recouvrir ces manifestations subtiles de rejet par des faux sourires, des fausses marques d’affection (on sent que quelque chose est « creux », pas vivant et pas connecté au cœur dans cette expression), se laisser toucher tout en mettant son corps en position d’évitement, lors de réunions s’assoir à côté de sa conjointe, mais avec les jambes tournées du côté d’une autre femme, le corps en ouverture vers cette personne, et totalement fermé énergétiquement pour la conjointe, recevoir un baiser, avec un geste de recul léger ou même manifesté, être systématiquement en retard aux rendez-vous, quand la personne aimante cherche le regard de l’autre pour créer du lien, se mettre régulièrement à bailler et détourner les yeux, accepter de faire des activités ensemble, mais ne jamais créer de lien pendant ce temps partagé et privilégier la relation aux autres, et faire de l’autre, de fait, un étranger mis à l’écart de toute sphère intime ; etc, etc.

 

A long terme, c’est la destruction du « bijou » qu’il s’est offert, c’est-à-dire une personne charismatique dont il envie les qualités qui sont insupportable à son égo et à son narcissisme.  

 

En fait, c’est subtilement tout un système d’exclusion et de mise en quarantaine, tout en développant parallèlement des hameçons pour garder la relation, pour emprisonner l’autre, sans jamais s’ajuster à ses besoins, ni aux besoins inhérents à l’épanouissement d’une relation. Et lorsque la sève a été tirée au maximum de cette relation sans s’être investi le moins du monde d’un point de vue relationnel, sans jamais avoir partagé quoi que ce soit de son ressenti, de ses griefs ou de ses attentes, décréter que « ce n’était plus vivable » et choisir une nouvelle proie sans transition.  La littérature sur le sujet montre que la personne perverse narcissique n'est pas liée par l'amour ou les émotions, ce qui lui permet de décrocher immédiatement d'une relation.  [3]

 

Devant de telles attitudes, que peut-il se passer ? Le sentir est facile. Pas forcément pour tout le monde, mais pour une personne hypersensible, qui a été éduquée dans ce système de communication basé sur la double contrainte, c’est une évidence. Le comprendre est déjà plus compliqué. Le dénoncer est quasiment mission impossible. Pourquoi ? Parce qu’il n’y a aucune preuve tangible, et que la personne qui va le dénoncer va s’entendre dire qu’elle est folle, qu’elle se fait des idées, qu’elle est jalouse, sa demande de clarté sera éventuellement retournée contre elle comme une attitude d’intrusion, de manque de liberté pour l’autre, de manipulation, alors qu’elle cherche juste à mettre les choses « dans le bon ordre », c’est-à-dire à nommer le manifesté qui lui est montré.

 

D’ailleurs lorsque les pervers narcissiques sont pointés ouvertement dans leurs incohérences, c’est là qu’ils sont le plus violents et qu’ils usent de perversion en retournant avec intensité sur l’autre les griefs qu’on leur pointe.

 

Une personne prise dans ce type de communication est doublement vulnérable. Non seulement parce que dans ces messages contradictoires elle y perd son latin, c’est-à-dire l’intégrité de sa psyché, mais quand elle témoigne auprès de thérapeutes ou d’interlocuteur, et qu’elle tente de nommer ce qui lui arrive, elle est stigmatisée sur des choses qui ne représentent pas sa réalité psychique. Comme je le disais plus haut, on pourrait la taxer de jalousie par exemple, alors que la jalousie n’est pas du tout son problème, c’est d’ailleurs le problème du pervers narcissique qui a tellement peu confiance en lui qu’il crée des situations pour rendre l’autre potentiellement jaloux et retourner ainsi la situation. La personne qui cherche à se faire entendre, cherche principalement à remettre de la cohérence dans le système et juste à s’extraire du système de folie dans laquelle on la met.

 

Si Bateson a étudié ce type de communication comme étant la source possible de la schizophrénie, on peut imaginer aisément les dégâts que cela fait psychiquement, et on peut comprendre pourquoi les victimes de pervers narcissiques restent en état de sidération, incapables de démêler les fils de la pelote emmêlée que le pervers narcissique propose en guise de mode de relation.

 

Cela explique pourquoi la plupart du temps les personnes qui cherchent à être empathiques avec le problème de la victime le font à partir de leurs projections et plus fréquemment encore qu’elles n’aient aucun discernement pour décoder la double contrainte et l’implicite qui sont des modes de communication très particuliers, invisibles au prime abord et qui se jouent dans l’intime, à partir de perceptions fines.

 

De plus nous allons comprendre avec la définition de la perversion narcissique, pourquoi ce processus est invisible de l’extérieur, sur quoi il repose et comment cette façon de faire porter à l’autre ce que l’on ne veut pas prendre en charge est destructeur pour la psyché d’autrui.

 

 

La psyché du sujet pervers narcissique

 

Qu’est-ce qu’une perversion narcissique ? Commençons par mettre des mots clairs sur ce processus dont on parle beaucoup, sans toujours savoir ni comprendre quelle est la dynamique psychique qui le sous-tend. Il ne s’agit pas de nommé « pervers narcissique » toute personne avec qui on est en conflit !

 

D’abord ce n’est pas forcément un état permanent, il existe plusieurs formes qui peuvent survenir à un moment de la vie, en cas de crise, en cas de désarroi psychique. Le mouvement peut aussi s’installer en forme organisée et à l’extrême aller jusqu’à la folie.

 

Tout le monde peut être amené à utiliser la perversion narcissique de façon ponctuelle. En effet, c’est la tendance à évincer tout conflit intérieur afin de faire des économies de travail psychique, « dont la note est à payer par autrui ». Autant dire que ça peut nous arriver tous les jours, de le subir, ou de le faire subir, dès lors que nous ne pouvons/voulons pas voir quelque chose et que nous faisons porter à autrui ce que l’on ne veut pas porter, et ainsi se sentir meilleur, plus grand, plus avancé, plus beau, plus « quelque chose ». Mais il y a une grande différence entre des actions anecdotiques et des schémas répétés ou une structure installée.

 

La perversion narcissique est un système défensif qui vise à dénier tout conflit interne et à l’expulser sur autrui, de telle sorte que le narcissisme s’en trouve amélioré. C’est « une façon organisée de se défendre de toutes douleur et contradiction internes et de les expulser pour les faire couver ailleurs, tout en se survalorisant, tout cela aux dépens d’autrui et non seulement sans peine mais avec jouissance. ». Ainsi le sujet part à la « chasse aux objets-proies ».

et « un lit se fait dans un espace psychique transgressé ». [4]

 

Dans ce système de défense, le sujet obtient une double immunité, conflictuelle et objectale, c’est à dire qu’il parvient à « s’immuniser simultanément contre ses douleurs et tensions internes (qui sont anti-narcissiques, parce que narcissiquement blessantes), et contre l’attraction de l’objet (qui elle aussi est anti-narcissique, parce que « soutirante » et tout empreinte d’envie, celle-ci même restant la preuve d’une intolérable incomplétude de soi. »

 

« L’objet ? il ne sera pas aimé. Il sera employé. Cloué au sol par les tâches qui lui sont assenées, soutirées, exploité, disqualifié, il n’aura plus rien d’enviable, dès lors qu’il aura été – croit le pervers- vidé, surpassé et réduit à l’utilité. ».

 

« Ainsi le mouvement s’accomplit-il dans la conviction typiquement perverse de prendre à tout le monde et de ne rien devoir à personne. » [5]

 

Sa pensée ? Elle est au service de l’efficience mais pas de la vérité. Il cherche une crédibilité, peu importe les moyens. Et pour Paul-Claude Racamier, la pensée du pervers narcissique est une pensée qui exerce un détournement d’intelligence, s’attaque au moi de l’autre. « C’est une pensée pour faire intrusion dans la préoccupation d’autrui, une pensée-poison, une pensée pour démentaliser, dévaloriser et disqualifier l’autre. (…) elle décourage et tend à démolir la compréhension dans son principe même ». C’est, dit encore l’auteur, une pensée « aux antipodes de la pensée du psychanalyste, qui tellement se passionne, et avec tant de méthode, pour la recherche toujours aléatoire et difficile de la vérité psychique ». [6]

 

Voici pour les éléments théoriques, mais qui sont important et s’appuient sur la pratique et la clinique de ce psychanalyste, confirmées par d’autres psychanalystes, psychologues ou spécialistes du sujet.

 

Comprendre cela, c’est comprendre comment ce processus est à l’œuvre en amont, c’est mettre en lumière cette part « invisible » qu’on ne voit pas à l’œuvre dans la relation et encore moins de l’extérieur et, de fait, comprendre quel est le coût payé par la victime, car « le pervers narcissique engendre plus de troubles chez l’autre que dans son corps ».

 

 

Un faux miroir ou un miroir à plusieurs perspectives

 

Le défaut du film est de montrer une femme soumise, un peu fade, très effacée, qui n’a pas de répartie. Or ce n’est pas toujours le profil des personnes abusées psychiquement, loin de là.

 

D’ailleurs la chanteuse Lio, qui s’est exprimée au sujet des violences conjugales qu’elle a subi, est tout sauf une personne effacée. Elle dit au sujet de ce qu’elle a vécu : « Ce dont j’ai le plus souffert c’est qu’on se demandait comment une femme comme moi, qui avait du caractère pouvait vivre ça, donc c’était quelque part que je l’avais bien cherché ou que j’aimais ça, donc j’étais d’une certaine manière complice et ça c’est vraiment ce qu’il y a de pire alors que ça ne se passe pas comme ça. Ce sont des hommes qui ont besoin de la vitalité d’une femme, d’ailleurs qui repèrent des femmes fortes, qui sont solaires, qui au départ leur déclarent un amour inouï, et ils ont senti qu’il y avait une faille en vous, qu’à ce moment-là vous êtes plus fragile, (…) moi à ce moment-là j’avais raté mes histoires d’amour, je n’avais plus de contrat, j’étais effectivement assez mal. (…) Et quand les premières violences arrivent, vous allez de coups en pardons en espérant que vous allez retrouver les jolies paroles du début ». [7]

 

Il faut aussi comprendre que nous ne sommes pas « un » mais « multiples », c’est-à-dire qu’il y a plusieurs aspects en nous : certains sont matures, d’autres non, certains sont assurés, d’autres insécurisés, certains sont actifs, d’autres passifs, bref… ce n’est pas l’ensemble de notre personnalité qui va être en résonnance avec le problème, mais certains aspects. C’est donc toujours très violent quand on dit à une personne qu’elle a voulu ou cherché cette situation, qu’elle en est responsable, et pire, que si elle a subi cela, c’est qu’elle a, elle aussi, forcément infligé la même chose autrement !

 

Quant aux personnes qui ont tendance à réagir à la vue de ce film (ou devant des ami(e)s qu’ils connaissent) en disant : mais pourquoi il/elle ne dit rien… et bien justement, c’est tout le sujet de la prédation psychique…

Peut-être que pour comprendre le processus, on pourrait faire un lien avec l’escroquerie, car c’en est une en quelque sorte. Si demain vous êtes victime d’un escroc, vous ne le saurez… qu’à la fin de l’histoire, mais pas au début, voire même pas pendant que se joue l’histoire. Pour exemple le parcours très médiatisé de Christophe Rocancourt, qui a opéré de multiples abus de faiblesses à grande échelle, et a forcément mis en place un système dans lequel les victimes « ne voyaient rien venir ». https://fr.wikipedia.org/wiki/Christophe_Rocancourt

 

"Il faut de la rapidité dans l'action : savoir fondre sur la proie afin de la surprendre" et que "l'autre, proie ou pigeon, soit pris par surprise et encore faut-il aussi qu'il soit de gré ou de force tenu en état de dépendance"... dit Paul-Claude Racamier. Il existe plein de situations dans une vie, où l'on peut se retrouver en état de dépendance : maladie, problème économique, chômage, faillite, rupture, etc. voire même cumuler les situations de faiblesse. Personne n'est à l'abri d'être un jour au cœur de sa vulnérabilité.

 

Souvent les gens disent que les victimes ont un profil psychologique qui permet au manipulateur d'exercer manipulation, chantage et prise de pouvoir pendant parfois de nombreuses années.

 

Mais selon des personnes qui accompagnent des femmes au sein de la Fédération Solidarité Femmes, il n’y a pas de profil type pour les victimes, ce qui suppose que ça pourrait arriver à « tout le monde », sachant que même si ces personnes ont des failles, à peu près tous les humains en ont et personne ne sait à quel moment une faille peut être réactivée. Cette violence peut parfois faire écho à une violence du passé, de l’enfance, mais pas toujours. On verra qu’il y a des traits dominants, mais c’est à chaque personne de comprendre quelle est la fragilité principale qui a permis d’être abusé.

 

La victime est souvent dépeinte comme une personne en dépendance affective, ce qui n’est pas faux, mais à mon sens, le pervers narcissique l’est tout autant, voire plus, puisqu’il s’en défend en retournant la situation et en mettant son partenaire en dépendance affective afin de recevoir tous les bénéfices de cette situation. Il a l’air profondément indépendant, mais n’est en fait pas du tout détaché de la problématique de la dépendance.

 

Dans son ouvrage, le psychanalyste Paul-Claude Racamier dépeint ce système comme quelque chose qui peut noyauter une personne ou une institution (lui-même a pu l'observer dans sa propre institution), car c'est un système difficilement compréhensible par un cerveau "normal", un processus de démolition et de prédation très particulier qui n'est pas reconnaissable en première intention et détruit le "moi" de l'autre. Il cite par exemple des recherches très intéressantes sur les serial killer qui fonctionnent dans des formes de perversions narcissiques poussées à l'extrême, froids et sans émotions. Il explique que les services de police qui cherchent à les coincer, tentent de comprendre leur psychologie et essaient de se mettre « à leur place ». Cette tentative de comprendre cet "incompréhensible", cet "impensable", fait que ces policiers se mettent à maigrir, dépérir, sont épuisés et psychiquement vidés, ayant perdu une grande partie de leur immunité psychologique ou physique...

 

Dans des proportions variables, c’est ce qui se passent pour les victimes de perversion narcissique. En cherchant à comprendre le système de l’autre -puisque lui fait l’économie de ce travail psychique-, ou simplement en essayant de décoder ce qu’elles perçoivent mais ne comprennent pas, elles finissent par perdre leur vitalité. [8]

 

Il faut comprendre que l’abuseur est opportuniste, qu’il se sert d’un état de faiblesse passager ou non (on l’a vu : rupture, maladie, dépendance financière, chômage), c’est-à-dire des situations qui potentiellement font partie de la vie du plus grand nombre et qui font que les personnes sont moins en alerte, moins protégées. Les femmes blessées sont souvent les proies idéales à ce type de rencontres, comme les personnes atypiques ou hypersensibles, que l’on appelle aussi personnes à haut potentiel émotionnel (HPE) ou intellectuel (HPI).

 

Au même titre que physiologiquement vous pouvez parfois être moins protégés et être plus vulnérables à des infections par exemple, au niveau psychologique la même chose peut arriver. Bien que vous soyez la même personne, avec vos failles et vos qualités, vous n’êtes pas dans le même état si vous venez de perdre un enfant, un parent, votre travail, si vous avez eu un grave accident, etc… votre psyché est vulnérable, occupée à gérer déjà un gros problème.

 

La pire chose qu’une personne puisse faire en croyant « aider » des victimes d’abuseur, c’est de leur dire qu’elles sont « en miroir », et qu’à la faille de l’abuseur, correspond la même chose chez elle sous une autre forme. La victime pourra tourner longtemps là-dedans… sans jamais pouvoir sortir du labyrinthe ! Car ce qui l’empêche de sortir du labyrinthe, c’est justement qu’elle se remet en cause et s’épuise à chercher ses propres failles et à expliquer celles de l’autre par empathie et parce que sa capacité à aimer est plus grande que celle de son conjoint.

Comme c’est très à la mode de dire que l’on attire « ce que l’on est », prendre cette assertion au premier degré peut être très destructeur, et justement très toxique.

 

On n’« est » pas une proie, mais on a une partie de notre histoire ou un événement qui entrent en résonnance et permettent à la stratégie de la personne perverse narcissique d’aboutir.

 

Le problème de la faille a bien sûr du sens. Mais qui n’a pas de faille et qui est sûr que la vie ne viendra pas le chercher sur une faille enfouie dont il n’a pas conscience ? Certaines failles peuvent être en latence… jusqu’à un événement. Il est un temps dans la vie où nous sommes dans les certitudes et dans une forme de toute puissance. Puis vient un autre temps, où nous rencontrons nos limites et notre impuissance.

 

Les failles qui peuvent être en cause sont probablement profondes et existentielles, mais ce n’est pas l’heure de se prendre la tête avec « s’il est pingre, c’est que toi aussi tu es pingre », « s’il est violent, c’est que tu as dû l’être à un moment aussi », « s’il te parle mal, c’est que tu lui parles mal », ce qui généralement est faux. Ce ne sont que des suppositions non vérifiées qui jettent encore plus le trouble dans l’esprit de la victime, la culpabilisent et l’empêchent de retrouver son bon sens.

 

On peut bien sûr faire le point sur des failles qui se font miroir dans un couple « normal », mais dans ce type de relation avec violence ou maltraitance, ce n’est pas le sujet du film d’aller pointer cela en première intention. Il est plus urgent de valider ce que vit la personne et de l’aider à ne plus être sous l’emprise de ce système toxique. Après, il sera temps de mettre l’expérience à plat et de faire l’état des lieux, de voir nos propres systèmes internes qui ont pu permettre de rester dans ce type de relation. L’important est de trouver un sens à l’expérience, mais un sens qui vient de nous et pas de ce que les autres veulent nous expliquer de notre histoire.

 

Parfois l'image qui me vient, c'est une petite grand-mère de 90 ans à qui un jeune et vigoureux voleur à la tire arracherait son sac... et à qui on dirait : « je pense que vous avez quelque chose à comprendre, pourquoi cela a-t-il pu vous arriver ? » Certes le problème est plus complexe. Mais l’état de vulnérabilité est une réalité, et il arrive à un moment donné de ne pas être « outillé » ou d’être suffisamment faible pour que l'autre en profite. Comme nous sommes dans une société qui refuse la vulnérabilité, on en vient presque à excuser l'abuseur au détriment de la victime (on retrouve cela très fréquemment pour les femmes violées, avec l’idée inconsciente à peine masquée qu’elles l'ont cherché). L’impuissance est intolérable et on ne la tolère pas beaucoup chez autrui afin de s’en protéger soi-même.

 

 

Un vis-à-vis atypique : des failles… mais beaucoup de qualités

 

Si des failles sont nécessaires pour que cela fonctionne (comme un manque de confiance en soi, une dépendance ou un manque d’autonomie, un manque d’amour suivant les cas), ce ne sont pas uniquement des « failles » en tant que parties de soi à combler ou à corriger qui permettent ces relations toxiques, mais aussi des qualités qui créent une différence de potentiel et attire l’abuseur, telles que l’empathie, la capacité à se remettre en cause, une pensée en arborescence, l’élan de comprendre, l’écoute, l’hypersensibilité émotionnelle, la créativité, la générosité, toutes qualités que l’abuseur envie, recherche et s’approprie par le biais de sa victime.

 

Car curieusement, malgré le fait que les victimes soient dotées de toutes ces qualités, l’abuseur lui ne cesse de chercher à disqualifier son/sa partenaire, cela peut être par des paroles, mais aussi des silences qui ainsi n’honorent jamais ce que dit l’autre et les qualités qu’il possède, un procédé qui petit à petit détruit la vitalité et l’estime de la personne.

Paul-Claude Racamier définit la personne avec une structure perverse narcissique comme un "coucou" qui vole le nid d'autrui et détruit ses œufs pour y placer les siens. Déjà, cela met en lumière que d’un côté il y a de quoi faire un nid, et pas de l’autre. Cela montre bien que d’un côté une personne se sert de quelque chose de déjà construit et dont lui-même est en manque.

 

Les personnes que j’ai rencontrées -des femmes- qui disent avoir connu ce type de relation, sont toutes des femmes généreuses, avec un potentiel d’ouverture et d’accueil, une étincelle et une conscience, qui cherchent à comprendre, qui se remettent en cause et dont l’empathie permet justement d’accepter les travers des personnes perverses narcissiques.

 

Il me semble important de mettre l’accent et la lumière sur ces parties fortes et positives des victimes. Car s’il est important d’aller voir ses failles, il est tout aussi important de reconnaître ses qualités, son potentiel, ses valeurs et l’éthique dont elles font preuve. Car une grande partie de la situation tient au fait que l’autre envie ces qualités qu’il sait ne pas posséder et pour lesquelles il n’a pas fait d’effort pour les développer, puisque sa stratégie de survie l’a emmené ailleurs. La structure perverse narcissique est une stratégie de destruction de l’autre, (son moi, son estime, son originalité, sa beauté, ses qualités, ses idées, sa lumière, sa créativité -toutes choses qui le mettent en danger-) uniquement à son profit. Il n’a pas de pensée créatrice, mais une pensée stratégique pour obtenir ce qu’il veut, et se sert de la relation pour cela, sans participer à ce qui est le fondement même de toute relation : confiance, empathie, collaboration, réciprocité, amour. Il n’y a pas de réciprocité avec ce type de personne. Ce qu’il appelle « partage » est « tout pour moi », sa seule règle est : utiliser et prendre, sans conscience et sans rien devoir. Au contraire, ce qu’il a « offert » est soigneusement comptabilisé et vous sera facturé, d’une façon ou d’une autre, symboliquement ou pécuniairement.

 

C’est pourquoi j’insiste sur les « qualités » de la personne abusée, car avant de se flageller pour ses failles, il est important qu’elle reconnaisse tout ce qui a été le sujet de convoitise en elle, et qui a participé à ce mouvement de perversion narcissique. En effet, dans la rencontre, plus les deux personnes sont différentes, en qualités et en conscience, plus cela risque de réveiller un mouvement de perversion narcissique chez la personne la plus démunie psychiquement.

 

Et comme il s’agit de perversion (mettre à l’envers) il ne faut pas perdre de vue que le problème, ce n’est pas tant la victime que l’abuseur, qui lui est incapable de contacter sa souffrance, d’être en contact avec son intime et ses sentiments, et dont les seuls moyens sont de « copier » les qualités de l’autre pour s’octroyer un vernis et une légitimité qu’il sent ne pas avoir. Il y a un profond désespoir chez l’abuseur qui ne se sent en fait « pas à la hauteur », et tente d’écraser et dénigrer ce qui lui fait de l’ombre, tout en essayant de se l’attribuer.

 

Et toujours pour remettre les choses dans le bon ordre, puisqu’elles sont perverties, il s’agit de voir que toutes les qualités dont font preuve les personnes abusées, sont des qualités de transformation, des qualités authentiques, féminines, d’intériorisation, de sensibilité, dont le monde a tant besoin. La façon dont se comportent les victimes n’est pas le problème, au contraire, encore une fois, n’inversons pas le problème. Elles sont l’incarnation des valeurs d’aujourd’hui et de demain, elles sont les personnes qui ont choisi la voie du cœur et de l’empathie et qui œuvrent, pas à pas, à l’amélioration de ces qualités. A cela elles n’ont rien à changer. Elles ont seulement à aller guérir la racine des blessures du féminin afin que le masculin prédateur, destructeur et machiste hérité de millénaires, ne continue pas à détruire ces qualités et à imposer son mépris. (Ici je parle bien de féminin et masculin, ainsi cela concerne les hommes comme les femmes victimes d’abus).

 

La société qui est en grande partie pervertie et inverse les cohérences sur un bon nombre de sujets, entretient l’idée que les victimes le sont toujours « à certaines conditions », comme le rappelle tristement ce sondage IFOP qui dit que « pour 4 Français sur 10 la responsabilité du violeur est atténuée si la victime a une attitude provocante » …

Je vous laisse imaginer tous les fantasmes et toutes les projection rétrogrades qui peuvent s’immiscer dans la définition de « attitude provocante ». Le billet de Noémie De Lattre sur France Inter remet les choses à leur juste place… [9]

 

 

La mise en lumière de ces relations toxiques montre que féminin et masculin sont en chemin vers la guérison, mais c’est surtout le féminin de la femme et de l’homme qui doit émerger afin d’équilibrer les forces masculines qui ont dominé la terre.

 

Le féminin blessé doit se relever pour offrir ses qualités d’accueil, d’empathie, de compréhension, de réciprocité, de cœur et ne pourra le faire qu’en se libérant de la soumission à la souffrance qui a si longtemps été son empreinte dans l’éducation et qu’en arrêtant de prendre à sa charge exclusive le travail que le masculin n’a pas entrepris pour se libérer. Quant au masculin d’hier, il doit aussi guérir pour sortir du détournement des valeurs profondes à son profit, sortir de la matérialité, du machisme et de la prédation, pour retrouver son sensible, son cœur et la connexion à son intériorité.

 

Toutes ces valeurs ont besoin d’être exprimées et non pas piétinées, dans un esprit de partage et de co-création.

 

Aussi, soyons fièr(e)s de toutes les qualités empathiques et sensibles que vous avons développées au cours de notre expérience de vie, acceptons sans condition notre sensibilité, notre vulnérabilité afin de ne pas en demander la validation à l’extérieur, faisons tout le chemin encore nécessaire à l’accueil des blessures qui restent actives en nous et ne permettons plus qu’en nous et à l’extérieur de nous des parts viennent nous maltraiter, nous mépriser, nous utiliser ou détourner notre lumière.

 

 

 

Michèle Théron

 

 

 

 

 

[1] « L'analyse d'un incident survenu entre un schizophrène et sa mère illustre bien la situation de double contrainte. Un jeune homme qui s'était assez bien remis d'un accès aigu de schizophrénie, reçut à l'hôpital la visite de sa mère. I1 était heureux de la voir et mit spontanément le bras autour de ses épaules; or, cela provoqua en elle un raidissement. I1 retira son bras; elle demanda: «Est-ce que tu ne m'aimes plus ?». I1 rougit, et elle continua: «Mon chéri, tu ne dois pas être aussi facilement embarrassé et effrayé par tes sentiments». Le patient ne fut capable de rester avec elle que quelques minutes de plus; lorsqu'elle partit, il attaqua un infirmier et dut être plongé dans une baignoire.

I1 est évident que cette issue aurait pu être évitée si le jeune homme avait été capable de dire: «Maman, il est clair que c'est toi qui te sens mal à l'aise lorsque je te prends dans mes bras, et que tu éprouves de la difficulté à accepter un geste d'affection de ma part». Mais, pour le patient schizophrène, cette possibilité n'existe pas: son extrême dépendance et son éducation l'empéchent de commenter le comportement «communicatif», de sa mère, alors que, pour sa part, elle n'hésite pas à commenter le sien, le forçant d'accepter cette situation et d'affronter une série de sous-entendus compliqués, (…) » Gregory Bateson, in Vers une écologie de l’esprit

[2] La notion de double contrainte a été étudié par Gregory BATESON, qui en 1952 dirige un programme de recherche sur les circonstances d'apparition de la schizophrénie et étudie l'ensemble des voies de communication, à la fois ce qui se dit et ce qui se montre (gestes, regards, attitudes corporelles …). Les processus de double contrainte contribuent à rendre le système familial défaillant et met l'enfant, alors symptôme de ce dysfonctionnement, au cœur d'une inertie. La double contrainte maintient l'enfant dans la confusion, dans une sorte d'inhibition d'action, car entre les deux injonctions qui lui sont signifiées, il ne peut en choisir aucune, puisque l'obéissance à l'une entraîne la transgression de l'autre. « Nous appelons double contrainte, précisément, ce type de séquences d'expérience insoluble. » Bateson in Vers une écologie de l'esprit, Ed du Seuil, 1980

[3] « Quand la victime a réussi à comprendre le fonctionnement du PN et qu’elle cesse de répondre à ses demandes c’est à dire qu’elle cesse de l’alimenter en émotions, alors là, il va passer à une autre victime. » Sylviane Barthe Liberge, psychologue clinicienne

[4] Paul-Claude Racamier, in Les perversions narcissiques

[5] id

[6] id

[8] « Ce que prouvent de tels exemples, qui sans doute se situent à la pointe de la monstruosité, c’est que l’absence de conflit interne chez le meurtrier est « payée » par un énorme labeur chez celui qui cherche, à sa place, à le comprendre : les liaisons que le meurtrier ne fait aucunement en lui-même, celui qui cherche à les faire à sa place y perd la santé. » in Les perversions narcissiques, Paul-Claude Racamier. 

 

 

Et comme les choses finissent bien, dans la vie comme dans les films, Marie et Fred, la suite...

 

https://www.youtube.com/watch?v=TtrSMwSA3Zc

 

 

 

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22 mars 2016 2 22 /03 /mars /2016 23:08
Déminer nos zones de violence internes - Isabelle Padovani

 

 

Comment aller à la rencontre de la souffrance, au-delà de nos zones de confort, comment aller à la rencontre et accueillir ce qui nous traverse, chaque jour, à chaque moment, afin que nos blessures ne basculent pas en violences à l'extérieur?

 

Dans quel monde voulons-nous vivre?

 

Une reflexion pour "déminer notre terrain intérieur"...

 

Et j'apprécie beaucoup son observation sur la "pseudo-spiritualité" que certains entretiennent, imbibés de leurs concepts mais complètement déconnectés de la souffrance et incapables d'accueillir le choc que la violence produit dans la vie des êtres humains.

 

Que ce soit des bombes, des deuils, des séparations, la maladie, la réponse d'une partie de ce monde spirituel -qui va du "tout est parfait", "plein d'amour" à "il n'y a pas de victimes"-, est purement et simplement le déni du choc que cela fait aux personnes touchées. Une façon de ne pas contacter la souffrance de l'autre ni la sienne et de rester à la surface, sans jamais aller au coeur de l'humain.

 

La spiritualité sans cet accueil empathique est une coquille vide, et malheureusement j'ai eu plus d'une fois l'occasion de le vérifier, de façon douloureuse. 

 

Isabelle Padovani montre ici, par son chagrin, que l'on a le coeur brisé à chaque fois que l'on se relie réellement à la souffrance de l'autre et au tragique des situations. Or la plupart du temps, lorsque quelqu'un partage sa souffrance, son auditoire reste froid, voire l'enfonce encore un peu plus sur les raisons qui ont provoqué sa souffrance. Un retournement qui, lui, est violent, et que peu de personnes sont capables de sentir dans leur coeur et leur chair.

 

Je rappelle la définition de l'empathie telle qu'Isabelle Padovani la développe, c'est à dire que l'empathie c'est  mesurer ce que l'autre traverse, et non pas minimiser, donner un conseil inapproprié ou une explication à partir de notre point de vue, dire "ça passera", ou sortir un concept psycho-spirituel de son chapeau pour emmener l'autre à un endroit où il n'est pas.... C'est la capacité à se relier à l'autre, au plus profond de son être.
 

Et dans ce processus nous sommes invités à comprendre que lorsque nous ne pouvons pas avoir d'empathie pour autrui, c'est que nous en manquons pour nous-mêmes. 

 

Autre idée importante : il ne s'agit pas de réprimer la violence en soi, toute répression est déjà de la violence, mais d'être en paix avec elle et de savoir l'accueillir. C'est cela qui permet de choisir ensuite d'être non-violent disait Marshall Rosenberg.

 

Et enfin, se rappeler que ce n'est pas la totalité de notre être qui est violent, mais une partie de nous, qui réagit intensément à quelque chose qui nous touche dans notre intégrité. Cela permet de mettre une distance, de se désidentifier, de ne pas amalgamer notre identité toute entière à l'idée de violence.

 

C'est ainsi que nous sommes invités à revenir à nous, à être à l'écoute de nos besoins fondamentaux que nous pouvons traduire à partir de nos sentiments et auxquels nous pouvons répondre à partir de stratégies adaptées.

 

MT

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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22 mars 2016 2 22 /03 /mars /2016 19:50

 

 

"Je voulais vous dire que j'étais heureuse que vous soyez le dernier à m'interviewer avant ma mort. Je ne sais pas quand je vais mourir, vous savez que j'ai 92 ans dans quelques temps, je souhaite que ce soit vous le dernier et si je vis trop longtemps et bien vous reviendrez" disait Denise Desjardins à Frédéric Lenoir en 2015.

 

 

Le 17 mars de cette année, elle vient de s'éteindre, laissant derrière elle des témoignages abondants de son parcours spirituel.

 

 

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15 mars 2016 2 15 /03 /mars /2016 22:43
Christiane Singer lue par Juliette Binoche

 

 

 

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Un bel hommage à Christiane Singer, sa personnalité, son oeuvre, entre autres son dernier ouvrage "Fragement d'un long voyage", dont il existe une version lue par Juliette Binoche.

 

A travers les différents visages de Christiane Singer montrés dans ce reportage, une même trace persiste, celle de sa lumière, de son amour et de sa passion pour la vie.

 

MT

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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11 mars 2016 5 11 /03 /mars /2016 12:38

 

 

 

 

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29 février 2016 1 29 /02 /février /2016 16:57

 

 

 

 

 

 

 

Ne pas fuir...

Se recentrer sur l'instant présent...

Pouvoir changer sa perception du réel...

Et prendre soin de soi.

 

 

 

 

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28 février 2016 7 28 /02 /février /2016 19:42
Gangaji et Bhavo - été 2000

Gangaji et Bhavo - été 2000

 

 

 

Vous mourez en ce moment même. Tout ce que vous pensez être est en train de mourir maintenant. Vous-même, en tant que corps individuel, en tant que monde, en tant qu'expérience, vous mourez en ce moment.

 

Plusieurs morts surviennent tous les jours. Il y a la mort de chaque moment, et la mort tous les soirs quand le sommeil vous prend. Il y a mort quand une relation se termine ou quand un enfant quitte la maison.

 

Cependant la mort dont je veux vous parler est la mort physique. Dans notre culture, cette mort est généralement celle qu'on évite le plus, ce qu'on nie le plus. Nous sommes tellement terrifiés par elle, tellement effrayés de n'être rien.

 

Bhavo est mort. Il est parti tranquillement dans son sommeil, alors que trois amis étaient auprès de lui et que j'étais en route pour aller le voir. Cela a été si précieux, un tel cadeau d'être avec lui les semaines avant qu'il meure et ce matin-là d'accompagner son corps dans la mort. Ce n'était pas là une théorie sur la mort, c'était vraiment d'être dans la chambre avec la mort. La mort qui s'approche, qui s'approche clairement, et puis la mort là, présente, s'emparant de l'énergie de vie. C'était d'être avec un corps quand rien n'y est fait pour l'embellir, quand il a la pâleur de la mort. Juste la vérité crue de la mort de la forme. Accepter d'être en présence de la mort nue, non déguisée, révèle l'absolue, l'indéniable beauté et la présence de ce qui est éternellement vivant. Bhavo a donc disparu, ce que nous connaissions de la forme de Bhavo n'est plus. Son corps a été incinéré et maintenant il est réduit en cendres ; il a disparu. Nous aurons tous des souvenirs de Bhavo, des souvenirs de sa charmante personnalité, de ses sautes d'humeur, de toutes les dimensions de ce qu'était Bhavo.

 

La présence qui animait sa forme est exactement la même présence qui anime votre forme, qui anime toute forme. S'éveiller à soi-même en tant que cette présence, c'est accepter d'affronter la mort dans toutes les formes, y compris ce que vous appelez votre propre forme. Il a laissé un cadeau immense à ceux d'entre nous qui ont accepté de l'accompagner dans ses souffrances physiques jusqu'à la fin. Il y avait quelque chose de très précieux dans sa mort, parce qu'il savait qu'elle approchait. Il ne niait pas la mort. Cela ne veut pas dire qu'il ne combattait pas la maladie ; il s'est battu, faisant tout ce que lui et ses médecins pensaient possible. Il ne s'agit pas de ne pas combattre la maladie. Il s'agit de savoir que vous combattez la maladie tout en sachant que la mort viendra à son heure. Et d'avoir la capacité, comme Bhavo l'a eue, de faire face à sa propre fin. Quand il a entendu les mots : « Nous avons perdu la bataille, le combat est terminé », le lendemain matin il était mort.

 

Plusieurs personnes viennent à la recherche spirituelle pour obtenir quelque chose, mais la vraie réalisation spirituelle est atteinte par l'abandon conscient de tout. Que signifie de tout perdre ? Dans la mort, nous perdons tout : nos familles, nos amoureux, notre histoire, notre passé, notre futur. En acceptant de tout perdre consciemment, la vérité de soi-même est révélée.

 

Heureusement, Bhavo n'a pas eu à attendre que la maladie s'empare de son corps pour affronter cette perte. Ainsi il a pu mourir libre, il a pu mourir en paix, perdant quelque chose de très précieux, mais gagnant plus encore que tout ce qui puisse être perdu.

 

Il m'a semblé que ceux d'entre nous qui étaient avec lui ce jour-là, avec son cadavre couleur de cendres, ont ressenti une inconcevable, une incompréhensible joie d'être. Bhavo, dans sa mort, a été un cadeau pour nous. En vérité, il avait été un cadeau pour nous longtemps avant, parce qu'il avait fait face à la mort bien avant que la mort physique ne vienne. Sa vie comme sa mort ont été finalement, relativement et absolument le même cadeau.

 

Nous allons tous mourir un jour ; il n'y a pas de naissance sans mort. Cependant, en ce moment même vous avez l'occasion d'affronter la mort avant que votre corps ne meure, de reconnaître votre amour pour le corps, votre attachement à la forme physique et de laisser cet attachement mourir. C'est le fait de s'identifier à tort à la forme physique qui doit mourir. Et, à travers cette mort, vous vous éveillez à la vérité de ce que vous êtes véritablement. Si vous acceptez de vous arrêter un seul instant et de mourir à cet attachement, il est possible qu'il vous reste au moins un peu de temps pour découvrir ce à quoi ressemble la vie quand on a fait face à la mort. Alors vous pourrez passer le reste de votre vie à partager votre découverte avec les autres. Il y a une telle faim, une telle soif du nectar qui vient de cette reconnaissance.

 

Pour mourir de cette façon, il faut d'abord découvrir le mécanisme de la résistance. Par exemple, quelle est la pensée sur laquelle repose la croyance que « je ne peux pas affronter la mort tout de suite? » La résistance à faire face à la mort vient de la pensée effrayante qui dit « je n'existerai plus. » Je comprends cette peur.

 

Plusieurs l'ont dit, et je le dis moi aussi: « Vous êtes l'existence même. » Je ne vous demande pas de croire ce que je dis, mais je vous encourage à vraiment faire face à la peur de ne pas exister, à plonger dans l'idée inconcevable que vous puissiez ne pas exister.

 

Généralement, nous nions cette possibilité, mais de l'explorer véritablement, de se demander «qui ou qu'est-ce qui n'existera pas?», voilà ce qu'est la recherche de soi (Self-Inquiry).

 

On peut dire que vous êtes la Conscience Rayonnante, que vous êtes la Lumière, la Vérité, Dieu ou la Beauté. Cependant, il vous faut vous reconnaître vous-même comme tel, pour vous-même.

 

Êtes-vous le corps ? Je sais que le corps est de toute évidence imprégné de vous, je ne dis donc pas que vous êtes séparé de votre corps.

 

Êtes-vous prêt à accepter de mourir dès maintenant, d'être mort à la personne que vous étiez, d'être mort à celle que vous pensez être et à celle que vous pensez devenir?

 

Maintenant, que reste-t-il?

 

 

Gangaji - juillet 2002

 

 

 

 

 

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Published by Michèle Théron lejour-et-lanuit.over-blog.com - dans Transformation
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  • Passionnée par l'âme humaine, je cherche sans cesse du sens et le sens de notre chemin d'humain. 
Mon propre chemin n'est qu'un zig-zag en dehors des autoroutes et je n'ai pas encore épuisé tous les chemins de traverse...
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Michèle Théron, praticienne de santé naturopathe, femme en chemin, je vous partage sur ce blog des articles, de la poésie, des photos créés par moi, et les citations, articles, vidéos qui nourrissent mon chemin et m'inspirent.

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